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La notion d’identité sexuelle

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L'identité sexuelle comprend de multiples facettes, à la fois biologiques, sociales et psychologiques. Sujet dont on entend parler de plus en plus dans les médias, comment peut-on la définir, quelles sont ses caractéristiques et comment se construit-elle ?

Particularités de cette notion

Elle ne se réduit pas à nos apparences génitales. Elle se définit en fonction de multiples critères qui sont biologiques, psychologiques et sociaux1 :

  • Notre sexe biologique : chromosomes, morphologie physique.
  • Notre genre, social et culturel : façon dont nous ressentons sexuellement au fond de nous-mêmes et socialement, c’est-à-dire masculin ou féminin. Il peut évoluer au cours de la vie.
  • Notre orientation: attirance pour le sexe opposé (hétérosexualité) ou pour le même sexe que soi (homosexualité), mais également possiblement pour les sujets transgenres.
Symboles homme ou femme représentant l'identité sexuelle.

L’identité sexuelle d’un individu est ainsi une construction qui évolue tout au long de la vie et est la résultante de ses dimensions biologiques (génétique et hormonale), de la maturation psychologique personnelle, du contexte éducatif puis social dans lequel il évolue, de ses attirances et de ses préférences amoureuses2.

Il nous a semblé intéressant de procéder à une mise au point sur ce thème dont on entend de plus en plus parler dans les médias, du fait de la libération des revendications de reconnaissance des différences de vécus identitaires sexuels (« LGBT »).

Aspect biologique ou sexué

Grands principes

Cette dimension concerne le sujet dans son être morphologique et biologique. Elle regroupe les notions de sexe génétique, génital (gonadique) et corporel (phénotype)3.

Le sexe génétique est celui défini par la paire de chromosomes dits sexuels XX (fille) ou XY (garçon), contenus dans le noyau des cellules de l’organisme (matériel génétique).

L'aspect gonadique ou hormonal, qui correspond à l’existence d’ovaires chez la fille et de testicules chez le garçon. Ces « gonades » ont chacune une production hormonale spécifique (testostérone, estrogènes), dont l’action va conditionner l’apparence corporelle ou phénotype.

Le sexe dit phénotypique correspond à l’apparence corporelle comprenant :

  • Les organes génitaux externes : vulve, clitoris, pénis, testicules. C’est sur cette différenciation anatomique à la naissance que se fonde l’identité sexuelle civile ou d’assignation.
  • Les organes génitaux internes : ovaires, utérus, vagin.
  • Les caractères secondaires apparaissant à la puberté : forme du corps, pilosité, seins.

Anomalies biologiques

A ce niveau biologique, l’identité sexuelle peut être perturbée par des anomalies chromosomiques, génétiques ou hormonales qui aboutissent à la naissance d’enfants dits intersexués (environ 0,5% des naissances)4 5.

Syndrome de Turner chez la fille

  • Présence d’un seul chromosome X.
  • Apparence féminine mais absence de développement ovarien et de caractères secondaires.

Syndrome de Klinefelter chez le garçon

  • XXY au lieu de XY (1 chromosome X surnuméraire).
  • Apparence masculine mais atrophie des organes génitaux et gynécomastie (seins chez l’homme) dans presque la moitié des cas.

Les hermaphrodismes ou ambiguïtés sexuelles

Il s’agit de combinaisons chromosomiques anormales variables qui se traduisent par un mélange de tissu ovarien et de tissu testiculaire chez un même sujet, d’où la dénomination d’ambiguïté à la naissance.

Tous les aspects morphologiques peuvent être observés, de l’apparence féminine avec une hypertrophie importante du clitoris à l’apparence masculine, avec des anomalies du pénis et un orifice vaginal plus ou moins développé.

Les pseudo-hermaphrodismes

Ce sont des hermaphrodismes dont la cause est une anomalie hormonale entraînant une absence de masculinisation des organes génitaux (apparence féminine ou ambiguïté sexuelle) chez le sujet XY (garçon) ou, à l’inverse, une masculinisation des organes génitaux externes chez un sujet XX (fille).

Identité de genre ou psychosociale

Cette dimension concerne le sujet, son ressenti de lui-même. C'est le sentiment d’appartenance à la population masculine ou à la population féminine, c’est-à-dire se sentir femme ou homme. Elle peut être en cohérence ou non avec l'aspect biologique apparent, fille ou garçon6.

Elle concerne le vécu de la sexualité sur les plans comportemental, social et légal. L’identité sexuelle psychosociale se précise lors du développement de l’individu dans ses comportements, ses attitudes et son vécu d’être sexué7.

Elle intègre ainsi8 :

  • Une dimension psychologique.
  • Le sentiment d’appartenance identitaire au groupe des femmes ou au groupe des hommes.
  • Une dimension sociale de reconnaissance en tant que femme ou homme.
  • Une dimension comportementale en accord avec le rôle sexué.

Orientation ou sexualité proprement dite

Spécificités

Cette dimension concerne le sujet dans son désir et dans sa sexualité. Elle comprend les choix en termes de partenaires, le vécu en termes de désir et de plaisir9.

Elle se compose de trois dimensions10 :

  • L’attirance.
  • Le comportement genré masculin ou féminin.
  • Le retentissement de l’acceptation ou non de sa sexualité par soi-même et par les autres.

Aussi la sexualité d’un individu vient non seulement renforcer son comportement de féminité ou de masculinité, mais aussi influer sur son état de bonheur et de bien-être par son acceptation ou non.

Cette acceptation ou non acceptation peut provenir de soi (éducation, contexte socioculturel, etc.) ou des autres (stigmatisation, jugement moral, contexte socioculturel, contexte professionnel, etc.). D’où qu’elle provienne, la non acceptation aboutit à une souffrance en général profonde de l’individu, allant souvent jusqu’à des envies suicidaires. Dans le cadre de l'identité sexuelle d'orientation, on peut ainsi définir11 :

  • L’attirance pour le genre opposé : hétérosexualité.
  • Pour le même sexe que soi : homosexualité.
  • Pour les hommes et pour les femmes : bisexualité.
  • Pour tous les genres y compris les transgenres : pansexualité.

Petit rappel sur l'homosexualité

  • L’homosexualité12 n’est ni une maladie, ni une anomalie biologique, ni un trouble de la personnalité.
  • Elle ne résulte pas d’un choix volontaire, c’est une orientation au même titre que l’hétérosexualité.
  • Elle est une pratique non rare et a existé de toute l’histoire de l’humanité.
  • Elle n’a pas de retentissement sur la vie sociale et relationnelle des sujets.

Définition de l’identité sexuelle

Le plus souvent, les aspects biologiques et psychosociaux sont concordants. Dans le cas contraire, on parle de transidentité, de transgenre ou de transsexualisme13.

L’identité sexuelle est un élément fondamental de la personnalité d’un sujet allant de son image corporelle aux sentiments et émotions qu’il ressent, en passant par ses comportements et ses désirs. Qu’il y ait ou non concordance entre les différentes dimensions, l’acceptation de son corps demeure une condition importante de l’épanouissement personnel14.

La notion de bisexualité psychique

Même si un sujet s’affirme comme femme ou comme homme, son psychisme est constitué d’une partie féminine et d’une partie masculine15. La notion de bisexualité psychique n’est absolument pas liée à un comportement bisexuel16.

Au-delà des interprétations psychodynamiques et des rôles sociaux classiquement respectivement attribués aux femmes et aux hommes mais qui tendent à s’estomper, on peut parler d’émotivité, de sensibilité, de propension à jouer dans l’enfance ne présageant pas de l’orientation future, ni de l’identité de genre qui se façonnera avec le développement, etc.

La place de l’apprentissage social

L’apprentissage social de son rôle sexué et de l'identité sexuelle chez l’enfant résulte de l’interaction permanente entre son sexe biologique ou d’assignation et les renforcements positifs ou négatifs, qu’il rencontre dans son éducation et son développement17.

Ces renforcements peuvent provenir des modèles représentés par son entourage, des activités genrées qui lui sont proposées, de processus de développement basés sur le mimétisme, des attentes perçues de la part de l’entourage, du contexte culturel anthropologique (la conception d’une similitude entre sexe biologique et genre varie selon les ethnocultures), etc.

Ainsi dans les sociétés occidentales, l’éducation et la société visent plutôt à ce que les filles évoluent vers un rôle de « femme » et les garçons vers un rôle « d’homme » alors que dans d’autres cultures la filiation n’est pas aussi formelle. Les définitions de la féminité et de la masculinité pas aussi clairement définies ou "binarisées"18.

On peut citer par exemple19 :

  • Les Inuits (Canada) où le genre attribué à l’enfant (et donc son éducation) est fonction de celui de l’ancêtre dont on lui attribue la réincarnation.
  • Les femmes mariées mais qui s’avèrent être stériles dans l’ethnie africaine des Nuer sont reconnues « hommes » ce qui leur permet de pouvoir, en se mariant avec une femme, accéder à la place sociale de chef de famille et de ne pas être des parias sans rôle social reconnu pour la collectivité.

Qu’appelle-t-on la culture « Queer » ?

En anglais, Queer signifie bizarre ou étrange et a été utilisé comme insulte envers les homosexuels avant d’être adopté par les mouvements féministes pour revendiquer l’intégration de tous les individus, ayant une sexualité non socialement "conventionnelle" ou non "binaire"20.

Elle considère l’identité sexuelle de genre comme une construction sociale imposée par la société et ne respectant pas le désir naturel des individus.

Pourquoi est-il important d’avoir conscience de sa complexité ?

Une sexualité « normale » n’existe pas. Les partenaires doivent être libres de leurs choix, de leur choix de sexualité, de l’affirmation de leur désir et de l’assouvissement de leur plaisir, dès lors que la sexualité est consentie et qu’elle ne provoque pas de souffrance21.

Quelques définitions

  • Agenre : sujet ne s’identifiant à aucun genre.
  • Cisgenre : sujet en parfait accord (congruence) avec son assignation sexuelle à la naissance.
  • Cisexisme : système ou pensée privilégiant les sujets qui s’identifient au groupe qui leur a été assigné à la naissance, au détriment des sujets s’identifiant différemment de leur sexe d’assignation ou flexible.
  • Coming out : révélation de son identité de genre.
  • Genre flexible ou gender fluid : sujet oscillant entre un groupe et un autre.
  • Intersexe : sujet né avec des caractéristiques morphologiques, chromosomiques, hormonales qui ne permettent pas, médicalement, de l’assigner comme étant fille ou garçon.
  • LGBT (communauté LGBT) : homosexuelles (Lesbian), homosexuels (Gay) Bisxuels Transgenres.
  • Non-binarité : sujets transgenres ne se reconnaissant ni dans un sexe, ni dans l’autre (ni complètement fille ni complètement garçon).
  • Sexe assigné : sexe morphologique externe déclaré à la naissance ou légal de naissance.
  • Transgenre : sujet ne se reconnaissant pas dans le sexe qui lui a été assigné à la naissance (transidentité), sans pour autant nier celui de naissance22.
  • Une femme « trans » a été assignée homme à la naissance mais s’auto-identifie comme femme. Inversement un homme « trans » a été assigné femme mais se vit comme homme.
  • Transsexualisme : divergence entre le sexe génétique et le sentiment d’appartenance au groupe opposé, avec déni de celui attribué à la naissance et demande fréquente de changement, pour harmoniser son sexe physique avec son identité de genre.

Que conclure ?

La sexualité est présente dans tous les médias et pourtant la question de l’identité sexuelle est complètement occultée23.

L’hétérosexualité et les notions de filles/garçons et femmes/hommes sont toujours une norme face à laquelle les affirmations différentes sont distinguées sous le nom de « coming out ». Les « écarts » par rapport à la « norme » font effet de curiosités, voire de dénigrement et de stigmatisation.

Or, certains individus ne se conforment pas au rôle genré qui leur a été attribué, peuvent ne se sentir ni homme ni femme ou se sentir les deux à la fois.

L’éducation sur la sexualité doit être une éducation qui ne se borne pas aux différences entre fille et garçon, entre femme et homme, mais doit inclure toutes les orientations et préférencesen s’étendant aux notions d’image et de vécu corporel, d’amour, d’amitié, de sentiments ressentis et d’émotions, de vécu intime, de plaisir et de désir.

C’est à cette condition que les sexualités « différentes » seront acceptées par tous et que pourront disparaître la stigmatisation, la marginalisation et la souffrance (allant souvent jusqu’au suicide) de ceux qui trouvent leur bonheur dans un genre ou une sexualité "non conventionnels24".

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'identité sexuelle ?

Construction qui évolue au cours de la vie, elle intègre des aspects biologiques, sociaux et psychologiques.

Quelles sont ses différentes dimensions ?

- Dimension morphologique et biologique
- Aspect psychosocial ou psychologique
- Orientation sexuelle

Comment se construit-elle ?

L'identité sexuelle de l'enfant se construit par l'interaction entre son sexe biologique et les renforcements positifs ou négatifs, qu’il rencontre dans son éducation.


  • 1Abramow C. Le petit manuel Sex education. Netflix, 2020
  • 2De l’amour. Fragments d’un discours scientifique. Actes Sud Ed., Paris, 2019
  • 3Dessaux N, Cudicio P. Identité sexuelle. In Lopès P, Poudat FX. Manuel de sexologie. Elsevier Ed., 2014
  • 4Dessaux N, Cudicio P. Identité sexuelle. In Lopès P, Poudat FX. Manuel de sexologie. Elsevier Ed., 2014
  • 5Lansac J, Lopès P. Questions sexo. Eyrolles Ed.,2017
  • 6De l’amour. Fragments d’un discours scientifique. Actes Sud Ed., Paris, 2019
  • 7Dessaux N, Cudicio P. Identité sexuelle. In Lopès P, Poudat FX. Manuel de sexologie. Elsevier Ed., 2014
  • 8Lansac J, Lopès P. Questions sexo. Eyrolles Ed.,2017
  • 9Lansac J, Lopès P. Questions sexo. Eyrolles Ed.,2017
  • 10De l’amour. Fragments d’un discours scientifique. Actes Sud Ed., Paris, 2019
  • 11De l’amour. Fragments d’un discours scientifique. Actes Sud Ed., Paris, 2019
  • 12Lansac J, Lopès P. Questions sexo. Eyrolles Ed.,2017
  • 13Dessaux N, Cudicio P. Identité sexuelle. In Lopès P, Poudat FX. Manuel de sexologie. Elsevier Ed., 2014
  • 14Lansac J, Lopès P. Questions sexo. Eyrolles Ed.,2017
  • 15Dessaux N, Cudicio P. Identité sexuelle. In Lopès P, Poudat FX. Manuel de sexologie. Elsevier Ed., 2014
  • 16Lansac J, Lopès P. Questions sexo. Eyrolles Ed.,2017
  • 17Dessaux N, Cudicio P. Identité sexuelle. In Lopès P, Poudat FX. Manuel de sexologie. Elsevier Ed., 2014
  • 18Lansac J, Lopès P. Questions sexo. Eyrolles Ed.,2017
  • 19Lansac J, Lopès P. Questions sexo. Eyrolles Ed.,2017
  • 20Dessaux N, Cudicio P. Identité sexuelle. In Lopès P, Poudat FX. Manuel de sexologie. Elsevier Ed., 2014
  • 21Lansac J, Lopès P. Questions sexo. Eyrolles Ed.,2017
  • 22Gorin-Lazard A. Troubles de l’identité de genre. In Courtois F, Bonierbale M. Médecine sexuelle. Lavoisier Ed., Paris, 2016
  • 23Corps accord. Guide de sexualité positive. Éditions du Remue-Ménage, Montréal (Québec), 2019
  • 24Descheneaux J et coll. Promouvoir des programmes d’éducation à la sexualité positive, inclusive et émancipatrice. UQAM Ed., Montréal (Québec), 2018
Philippe Schwartz

Sexologue, hypnothérapeute et relaxologue. Docteur en médecine. Consulte à Reims