Lapacho : bienfaits et dangers

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Tabebuia Impetiginosa ou Avellanedae, ou Pau d’Arco, ou encore « arbre sacré » pour les incas est un arbre très réputé dans la pharmacopée traditionnelle de l’Amérique du Sud. On prête en effet à son écorce rouge de nombreuses propriétés en phytothérapie : anti-cancer, anti-inflammatoire, antibactérien… Zoom complet sur l’avancée scientifique des recherches sur le lapacho et les recommandations sur son usage en complément alimentaire.

Présentation

Lapacho, pau d'arco, tabebuia impetiginosa

Le lapacho est un arbre à la floraison rose vif de la famille des bignognacées, au même titre que le catalpa. On le retrouve sur une grande partie du continent sud-américain, d’où son surnom d’arbre sacré des incas. C’est aussi l’un des emblèmes du Paraguay.

Propriétés et vertus

Principes actifs

Les utilisations multiples de Tabebuia Impetiginosa par les différentes populations indigènes sud-américaines au cours des siècles ont attiré l’attention des chercheurs. Ceux-ci ont caractérisé deux molécules à l’origine de la plupart des bienfaits répertoriés : le lapachol et surtout le bêta-lapachone. Comme la vitamine K, ce sont des naphtoquinones, des dérivés de phénols qui ont subi une oxydation. En clair, il s’agit de composés naturels à qui l’oxydation confère des propriétés cytotoxiques, c’est-à-dire dangereuses pour les cellules. Cela explique notamment leur intérêt contre les cellules cancéreuses.
En effet, les bienfaits du lapacho sont nombreux et variés.

Lutte contre le cancer 

C’est le bêta-lapachone que l'on étudie en premier lieu pour ses capacités anti-tumorales. On le retrouve dans un cycle biochimique avec une autre naphtoquinone, NQO1 : dans les cancers, celle-ci provoque l’action du bêta-lapachone.1 Il entraîne plusieurs réactions en chaînes qui conduisent au suicide des cellules cancéreuses. Les chercheurs pensent d’ailleurs que le bêta-lapachone est impliqué dans plusieurs voies différentes menant à la mort des cellules tumorales2. Cela en fait par conséquent une molécule particulièrement prometteuse pour la recherche en oncologie.

Activation du suicide cellulaire

Des chercheurs ont donc mené plusieurs études, in vitro pour la plupart, sur l’action du bêta-lapachone tiré du pau d’arco sur les cancers

  • cancer du foie : une étude sur les lignées de cellules cancéreuses humaines du foie montre que le bêta-lapachone provoque le suicide cellulaire par la voie des caspases. Ces enzymes, présentes dans les cellules, provoquent leur mort lorsqu’un signal leur est envoyé : c’est le cas avec le bêta-lapachone. Celui-ci diminue également l’action de protéines anti-apoptotiques, renforçant son action promotrice de mort cellulaire3 ;
  • cancer du colon : sur des lignées humaines soumises in vitro au bêta-lapachone, on observe à nouveau l’activation de la voie des caspases, associée à une diminution de réparation de l’ADN, conduisant à la mort cellulaire4 ;
  • cancer gastrique : des chercheurs ont effectué la même observation sur le suicide cellulaire provoqué par le bêta-lapachone sur des lignées humaines de carcinome gastrique5.

Ces observations ont été aussi réalisées in vitro sur des lignées cancéreuses humaines de la leucémie, de la prostate6, du sein7, et de la vessie8.  

Métastatisation

Le bêta-lapachone, en plus d’activer la mort cellulaire dans les lignées cancéreuses, a aussi montré d’étonnantes capacités à empêcher certaines tumeurs (colorectales9, mélanome10) de métastaser dans les poumons. Ces capacités pourraient s’expliquer en effet par la régulation de la transformation des cellules épithéliales en cellules mésenchymateuses11. C’est-à-dire qu’elles forment davantage un tissu global qu’un groupe de cellules distinctes. Ce mécanisme rend les cellules invasives et capables de bouger, et c’est l’un des responsables de la métastatisation. Le bêta-lapachone a montré dans ce sens des capacités à empêcher la migration des cellules tumorales du foie, réduisant la possibilité de métastase12.

Autres pistes

Par ailleurs, une autre piste d’exploitation du lapacho dans le cancer du poumon repose sur des composés identifiés dans une autre études. Des furanonaphtoquinones induisent la mort des cellules cancéreuses humaines du poumon via la voie des caspases13. C'est à partir de l'aubier du lapacho, c'est-à-dire la partie interne de son écorce, que l'on a extrait ces composés.

L’espoir repose également sur la capacité du bêta-lapachone à inhiber la réparation de l’ADN. Cela contribue notamment à diminuer la résistance des cellules cancéreuses à la radiothérapie, l’un des traitements les plus utilisés aujourd’hui dans la lutte contre le cancer. Cela a été observé in vitro sur des cellules cancéreuses de la prostate14

Son activité anti-cancer est prometteuse et très diverse, tant et si bien que la recherche n'a pas encore identifié tous les mécanismes. Toutefois, ces actions cytotoxiques sont potentiellement dangereuses aussi pour les cellules saines.

Métabolisme et obésité

Les chercheurs ont essentiellement étudié les effets des extraits de lapacho sur le métabolisme des lipides chez des rongeurs. Les effets n’en sont pas moins concluants, avec l’observation d’une perte de poids ou d’une prise de poids limitée par rapport aux populations témoins15. Les chercheurs constatent aussi une baisse du taux de triglycérides. Ce sont des lipides complexes qui, présents en excès dans l’organisme, font courir un plus grand risque cardiovasculaire. De la même manière, les chercheurs ont aussi relevé une baisse du cholestérol total dans le sang et une baisse du risque de plaque d’athérome16. Le lapacho est donc efficace pour lutter contre le cholestérol. Cette accumulation de graisses sur les parois des artères fait courir un risque d’obstruction sanguine. Une autre étude suggère que l’extrait de lapacho administré à des souris privées d’oestrogènes réduit l’accumulation d’adipocytes, les cellules qui stockent les graisses dans l’organisme17.

Côté sucre, l’extrait de lapacho chez des rats fait baisser la glycémie à jeun ainsi que le taux sanguin d’hémoglobine glyquée. Ce complexe est le principal indicateur sanguin du diabète.

Ces effets bienfaiteurs au niveau du métabolisme glucidique et surtout lipidique suggèrent donc une action complète au niveau du traitement de l’obésité.

Action sur le système nerveux

Il existe plusieurs indications pour le pau d’arco sur les problèmes constatés au niveau du système nerveux. 

Dépression 

Chez les souris premièrement, les chercheurs ont observé un effet antidépresseur après administration d’un extrait de lapacho. Ils se sont basés pour cela sur plusieurs critères qui constituent un modèle de dépression chez les rongeurs (immobilité, perte de comportement motivationnel par exemple). L’extrait agirait sur les voies de signalisation de certaines protéines directement impliquées dans la dépression18. Une autre étude menée également sur des souris met plutôt en évidence une action au niveau des neurotransmetteurs impliqués dans la dépression tels que la dopamine et la noradrénaline19

Enfin, une troisième étude signale plutôt un effet lié à la modulation des récepteurs d’acides aminés, eux aussi impliqués dans les pathologies mentales20

Maladies neurodégénératives

Plusieurs pistes thérapeutiques sont poursuivies par les médecins du côté neurologique car Tabebuia Impetiginosa montrerait des effets protecteurs vis-à-vis du système nerveux. 

Tout d'abord, la chorée de Huntington est une pathologie génétique neurodégénérative et sans traitement aujourd’hui. Le bêta-lapachone permettrait d’activer un groupe de protéines spécifiques et protectrices du système nerveux dans le cas de cette maladie21.

Deuxièmement, en ce qui concerne la maladie de Parkinson, une étude menée sur des souris indiquerait une action sur des voies protéiques de protection des neurones. Et ce notamment contre le stress oxydatif, l’un des facteurs neurodégénératifs22

La sclérose en plaques est aussi une pathologie neurodégénérative et inflammatoire. Le bêta-lapachone a montré des effets anti-inflammatoires en inhibant notamment certains types de cytokines impliquées dans la maladie23.

Action antimicrobienne

Des extraits de lapacho sont passés sous la loupe des chercheurs et ont montré des effets : 

  • antibactériens : sur certaines souches résistantes aux antibiotiques de Staphyloccocus Aureus (à l’origine d’infections communes chez les humains telles que l’intoxication alimentaire, l’infection urinaire, le panaris ou encore l’endocardite)24. Ses conséquences peuvent être graves notamment dans le cas d’individus au système immunitaire affaibli. Le lapacho est aussi efficace sur Mycobacterium Tuberculosis ou bacille de Koch, responsable de la tuberculose 25
  • antifongiques : sur les champignons Cryptococcus Neodormans (responsable d’infections pulmonaires et de certaines méningites, le plus souvent chez les individus immunodéprimés). Mais aussi sur un grand nombre de champignons de type Candida, responsables des candidoses qui, si elles se soignent bien, peuvent aussi être sérieuses en cas d’immunité affaiblie26. La lapacho est aussi efficace sur Aspergillus Fumigatus, l’un des champignons responsables de l’aspergillose, une infection elle aussi souvent opportuniste27;
  • antiviral : des chercheurs ont enfin constaté son activité antivirale sur le virus de l’herpès humain28

Les chercheurs n'ont pas encore identifié formellement les principes actifs. Mais une étude a comparé les effets antimicrobiens du lapachol et du bêta-lapachone, et c’est ce dernier qui se montre le plus convaincant29.

Action anti-inflammatoire 

On l’a vu avec la sclérose en plaques, le lapacho présente une action modulatoire vis-à-vis des facteurs d’inflammation.

Cela se confirme avec une étude in vitro qui montre son efficacité sur les cytokines pro-inflammatoires, les TNF alpha et les interleukines30, facteurs inflammatoires impliqués notamment dans les pathologies communes telles que le psoriasis, la polyarthrite rhumatoïde, les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin… Une autre étude montre aussi un effet inhibiteur d’un type de prostaglandines, pour laquelle on retrouve une surexpression notamment en cas d’arthrose31. Un effet protecteur du lapacho confirmé dans une étude réalisée in vitro, qui indique que l’extrait diminue la réponse inflammatoire à l’origine de l’arthrose, et protège les chondrocytes, c’est-à-dire les cellules du cartilage32. L’action anti-douleur qui accompagne la réduction de l’inflammation contribue donc à le rendre porteur d’espoir en termes thérapeutiques.

Du côté de la colite, une maladie inflammatoire des intestins, un extrait de Tabebuia Impetiginosa a été testé sur des souris. Il a montré une réduction de l’inflammation des muqueuses, et ainsi une amélioration des symptômes chez ces souris33.

Enfin, des chercheurs ont conduit une étude sur des lignées cellulaires de souris et d’humain. Ils ont constaté que l’extrait de lapacho réduisait la réaction inflammatoire sans toutefois les effets secondaires que l’on déplore lors de l’utilisation notamment des anti-inflammatoires non stéroidiens (AINS)34

Fonction immunitaire

Lapacho exerce, en sus de ses fonctions anti-inflammatoires, une modulation du système immunitaire. Par exemple, une étude menée sur un petit groupe de personnes a indiqué que l’ingestion de gélules régulait le stress oxydatif produit par les neutrophiles, des cellules immunitaires35.

Dans une autre étude, un extrait de lapacho a également montré un effet de régulation de la prolifération des lymphocytes T36.  

Enfin, des chercheurs ont administré un comprimé extrait de lapacho sur un petit groupe de personnes au Japon. Ils ont étudié ses effets sur leurs performances immunitaires (basées essentiellement sur l’état des lieux de leurs cellules immunitaires)37. Les résultats ont été concluants après 12 semaines de traitement, mais d’autres études plus précises doivent être menées pour confirmer ces allégations.

Dermatologie

Tout d'abord, le bêta-lapachone a montré des capacités à inhiber la croissance cellulaire des kératocytes. En effet dans le cas du psoriasis, ceux-ci prolifèrent trop et trop rapidement. Toutefois on observe aussi une toxicité cellulaire importante, qui demande davantage de recherches pour exploiter le lapacho dans le traitement du psoriasis38

D'autre part dans le cas de la dermatite atopique, il semble que ce soit son aspect anti-inflammatoire qui joue un rôle apaisant, comme vu dans une étude réalisée sur des souris39

Action anti-ulcère

Deux études menées sur des rongeurs ont montré que l’extrait de lapacho agissait sur l’ulcère gastrique. Ceci car il augmente la production de mucus gastrique, en réduisant l’acidité de l’estomac40 et en stimulant la prolifération cellulaire41, des facteurs protecteurs pour l’estomac.

Lutte contre les parasites

Des extraits de lapacho sont efficaces pour détruire des larves de moustiques, notamment les espèces Aedes Aegypti et Aedes Togoi42. Ils sont respectivement vecteurs de la dengue et de la filariose.

Il est également directement efficace contre les différents stades parasitaires de Leishmania Amazonensis et Trypanosoma Cruzi43. Ce sont deux des protozoaires responsables de la leishmaniose, affection chronique et sujet de santé publique dans de nombreuses zones tropicales.

Les différentes formes

Extraits liquides, gélules ou en infusion

Premièrement, le lapacho peut se boire sous forme de tisane, en faisant infuser deux à trois cuillères à café d’écorce dans de l’eau bouillante. Toutefois ses composés actifs ne se dissolvent pas très bien dans l’eau, ce n’est pas la meilleure forme pour profiter de ses bienfaits.

L’extrait liquide est déjà plus recommandable. Il s'agirait d'une forme particulièrement efficace notamment contre les cellules tumorales, selon une étude menée in vitro44.

On trouve également le pau d’arco sous forme d’extrait standardisé, c’est-à-dire à forte concentration en naphtoquinones, sous forme de gélules

Il semble aussi qu’il faille privilégier les extraits tirés de l’écorce interne du lapacho.

Existe-t-il en bio ?

Le lapacho est un arbre, l'écorce de lapacho peut donc être issue d'une plantation certifiée biologique.

Posologie

Dosages

En premier lieu, les dosages sont variables et les études n’ont pas encore déterminé de dose journalière recommandée. Il est néanmoins conseillé lorsqu’on parle de poudre, libre ou en gélule, une dose comprise entre 300 et 500 mg d’extrait simple, trois fois par jour. En cas d’extrait standardisé, c’est-à-dire à forte concentration de principes actifs, on conseille alors plutôt 100 milligrammes deux à trois fois par jour. C’est cependant une forme assez rare.

Lorsqu’il s’agit d’extrait liquide, les recommandations s'accordent en général sur 1 à 2 millilitres trois fois par jour.  

Utilisation 

Il est conseillé de prendre le lapacho plutôt avant les repas, et de ne pas dépasser un mois de cure.

Dangers et contre-indications

Précautions d’emploi 

Les effets cytotoxiques de lapacho sont donc prometteurs dans de nombreuses pathologies. Cependant ces mêmes effets peuvent avoir des conséquences sérieuses sur des cellules saines.

Par ailleurs, son administration à des rates gestantes a entraîné la mort systématique de leurs foetus45. Il est donc exclu de prendre du lapacho pour les femmes enceintes ou allaitantes. En l’absence de données officielles, le principe de précaution s’applique aussi pour les enfants de moins de 16 ans.

Effets secondaires

On a constaté des effets secondaires sur des animaux uniquement, néanmoins ils doivent encourager à rester prudents. Il s'agit donc de nausées, vomissements, fluidification du sang46, coloration des urines, anémie47, troubles de la reproduction48.

Interactions médicamenteuses

Si vous avez un traitement anticoagulant, il est formellement déconseillé de prendre du lapacho en sus. Comme pour tout complément alimentaire à visée thérapeutique, il est nécessaire d’en parler à votre médecin ou à votre pharmacien. Ceci afin de s’assurer de l’absence d’interaction médicamenteuse ou de tout risque lié à cette supplémentation.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le lapacho ?

Le lapacho est un arbre, présent en Amérique du Sud. Il est reconnu pour ses propriétés médicinales et son écorce était utilisée pendant des millénaires par les incas.

Pourquoi prendre du lapacho ?

Son écorce dispose de nombreux bienfaits :
1. Aide à la lutte contre le cancer
2. Traitement contre l'obésité
3. Action sur le système nerveux
4. Activité antimicrobienne et anti-inflammatoire
5. Renforcement du système immunitaire
6. Prévention de certaines maladies cutanées
7. Action anti-ulcère
8. Diminution des parasites

Quelle dose prendre ?

En gélules ou en poudre, il est conseillé de prendre une dose comprise entre 300 et 500 mg, trois fois par jour.
Pour les extraits standardisés, il est recommandé de prendre 100 milligrammes deux à trois fois par jour.
Pour les extraits liquides, il est préconisé d'en ingérer 1 à 2 millilitres trois fois par jour.  

Quelles sont les contre-indications ?

Pour les femmes enceintes ou allaitantes, il est vivement déconseillé de prendre du lapacho. Par principe de précaution, il est également contre-indiqué chez les enfants de moins de 16 ans.
Par ailleurs, si vous prenez un traitement anticoagulant, ne pas en consommer.


Cécile Gonzalez Delacour

Rédactrice scientifique. Titulaire d'un master en biologie et d'une licence en sciences végétales.