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La psychopédagogie pendant l’enfance: définition et grands principes

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Dans le domaine de l’éducation, la psychopédagogie prend une place de plus en plus importante que ce soit auprès des enseignants et professionnels de l’accompagnement que des parents. Cette branche de réflexion pragmatique considère avant tout l’élève, comme un enfant doté de besoins et de fonctionnements spécifiques selon son contexte de vie, son âge, son caractère. Elle aide à comprendre comment l’enfant apprend et à mettre en place des actions et attitudes facilitant ses apprentissages. Pendant l'enfance, la psychopédagogie a pour but d’apprendre à apprendre.

Plaisir et motivation dans les apprentissages

Enfants en train d'apprendre: psychopédagogie pendant l'enfance, définition et grands principes.

Un enfant apprend avec plaisir, s’il y a nécessité pour lui d’acquérir certaines connaissances et compétences. Il est fréquent qu’il se sente valorisé par le fait de réussir à l’école et mette alors tout en place, pour satisfaire ses parents en ce sens, pensant ainsi leur faire plaisir.

Ce schéma de fonctionnement présente des limites puisqu’au cours de sa scolarité, l’enfant verra sa charge de travail augmenter et ne pourra continuer à travailler uniquement pour ses parents. La nécessité de se responsabiliser, face à ses apprentissages, peut s’avérer délicate et exiger de retrouver une motivation intrinsèque, qui ne dépende pas uniquement d’autrui.

C’est pourquoi l’enfant doit, avant tout, trouver du sens à ce qu’on lui demande d’apprendre. Dès tout petit, il est bon de lui faire vivre des expériences d’observation et de recherche plaisantes, qui l’aideront à entrer dans les apprentissages avec envie.

Par exemple, il est possible de l’éveiller aux compétences qui aident à apprendre lors des activités en famille à l’extérieur ou à la maison, à savoir : la curiosité, la réflexion, le questionnement. Cela peut se faire très simplement dans différentes situations : en faisant la cuisine, on peut rechercher l’origine d’une recette, expliquer le mode de fabrication des ingrédients, calculer les quantités nécessaires…

Lors d’une sortie en nature, l’observation d’espèces animales ou végétales peut être l’occasion de s’interroger sur leur mode de vie, de garder une trace par le dessin ou la photo légendée de ce qui a été découvert. Toute situation permettant à l’enfant de devenir acteur de son savoir est pourvoyeuse de questionnements.

En psychopédagogie, il a été reconnu que, pendant l'enfance, pour qu'un enfant apprenne avec plaisir, il doit être acteur de son savoir.

L’enfant, qui expérimente le monde, a besoin de savoir pour arriver à ses fins, que ce soit pour réaliser la recette ou pour dessiner correctement l’animal pris en photo. Ce besoin de connaissances et de savoir-faire induit un questionnement, qui nourrit sa motivation.

La notion de sens est donc centrale : un enfant qui sait pourquoi il doit apprendre sera d’autant plus motivé. L’activation de la motivation sera également d’autant plus facile que l’enfant aura été habitué dès son plus jeune âge, à se saisir des données à sa portée pour les enrichir. Rentrer en action pour avancer, ainsi qu’à trouver du plaisir à développer ses connaissances pour satisfaire sa curiosité.

La psychopédagogie a permis de mettre en valeur le plaisir, comme moteur des apprentissages. Il est généré par la motivation et entretient celle-ci. Chaque fois qu’un élève est confronté à la nécessité d’apprendre par cœur (dates, tables de multiplication, vocabulaire), il faudrait idéalement qu’il sache précisément à quoi cela lui servira à court ou moyen terme. C’est cela qui lui permet de s’approprier le travail de mémorisation et de réflexion.

Il n’est pas toujours facile de trouver des liens entre ce qui est demandé d’apprendre à l’école, et les implications dans la vie quotidienne. Certaines notions paraissent déconnectées de la réalité ou sans intérêt personnel pour l’enfant: cela fait partie aussi de la scolarité d’un élève, de savoir se mobiliser pour retenir efficacement sans avoir de satisfaction immédiate de son savoir, hormis le fait de réussir à l’évaluation.

C’est pourquoi, chaque fois que possible, on doit renforcer le lien, entre les connaissances et leurs applications dans la vie quotidienne. Une fois prise l’habitude d’apprendre efficacement des notions a priori abordables pour l’enfant, celui-ci pourra transférer ses techniques de mémorisation à d’autres matières ou d’autres leçons qui lui parlent moins.

Progresser grâce au profil d’apprentissage

Réflexion sur la façon d'apprendre de l'enfant

L'observation des apprentissages: la psychopédagogie accorde de l'importance à ce processus.

Bien souvent, les élèves démotivés ne voient plus de sens à ce qu’ils apprennent.  Ils se sentent également pris au dépourvu par les exigences scolaires, car ils ne savent pas comment apprendre. Certains ont l’impression de faire des efforts en vain et que les enseignants ou les parents ne reconnaissent pas toujours leur investissement, que ce soit via les évaluations ou les commentaires reçus.

Comment les aider à reprendre confiance en eux et à comprendre comment apprendre efficacement ? Il convient pour chacun d’apprendre tout d’abord à s’observer en train d’apprendre. C’est ce qu’on nomme la métacognition. Un véritable travail en soi qui peut parfois rebuter les élèves, parce qu’ils possèdent à tort la croyance qu’on sait ou qu’on ne sait pas, comme si la capacité à être « bon » à l’école ou dans une matière donnée était innée.

Pour savoir comment l’enfant apprend, on doit entamer un dialogue régulier1 avec lui au sujet de ses méthodes de travail. Il suffit pour cela de commencer par lui demander comment il a l’habitude de faire pour se mettre au travail, pour retenir une leçon, mémoriser du vocabulaire, préparer une évaluation…

Tout cela doit bien évidemment se faire dans une démarche d’investigation mutuelle, sans jugement, ni attente. Cela permet à l’enfant de sentir qu’on prête intérêt à son travail, sans rentrer dans des reproches, au sujet de ses résultats ou de son attitude. Il s'agit plutôt dans une volonté de construire avec lui des outils et des réflexes, pour l’aider à progresser. C’est lui redonner la responsabilité et donc la possibilité de grandir en prenant pleine possession de ses moyens cognitifs.

En psychopédagogie, via ce dialogue, on fait prendre conscience à l’enfant qu’il faut s’interroger sur la façon d’apprendre: il ne suffit pas de relire des mots pour les retenir, de réciter par cœur une leçon pour l’avoir comprise, de refaire des exercices pour être prêt pour l’évaluation.

Pour réussir à l’école, l’enfant doit être pro-actif : comprendre et se demander à quoi sert ce qu’il apprend, anticiper les questions que pourrait poser l’enseignant, chercher à faire des liens entre les différentes leçons et les différentes matières. L’enfant ainsi questionné va peu à peu comprendre la nécessité d’un «langage intérieur»2, qui est en fait une façon de conscientiser sa façon d’apprendre.

Ce langage intérieur est indispensable, pour ancrer les savoirs et il est bien développé chez les élèves en situation de réussite: ceux-ci savent décrire comment ils apprennent à l’aide de phrases simples, par exemple «pour retenir le tableau de conversions, je me rappelle combien je mesure et j’écris ce nombre puis je reconstitue les colonnes autour», «quand j’apprends mes dates en histoire, j’ai une petite image de la scène de l’événement pour me rappeler à quoi elle correspond», «pour les cours de SVT, je me rappelle ce qu’on a fait comme expérience en classe en mimant les étapes et en commentant à voix haute, ce qu’il faut retenir des résultats»…

Les éléments à repérer

Plusieurs éléments entrant en jeu sont à repérer.

Dans quelles conditions l’enfant préfère-t-il se mettre au travail?

Quelle est la pièce de la maison qui lui convient le mieux? Certains préfèrent être seuls, d’autres aiment mieux se trouver à proximité des adultes, certains enfants ont besoin de marcher, bouger, pendant qu’ils apprennent… tout le corps entre en jeu durant les apprentissages, il est donc fondamental de laisser l’enfant s’aérer et bouger, tant que cela ne nuit pas à sa concentration mais au contraire l’aide à fixer les savoirs.

Le but est de définir avec l’enfant, et non à sa place, les conditions de travail qui lui permettent de s’y mettre le plus facilement et efficacement. Imposer un lieu de travail, qui ne lui convient pas, risquerait en effet d’entraîner un conflit par rapport aux devoirs, voire une mise en échec scolaire à terme. On veillera bien sûr à ce que l’environnement de travail soit calme, la table ou le bureau dégagés, en faisant comprendre à l’enfant l’importance que cela comporte, pour rendre les devoirs plus faciles.

Quelles voies de mémorisation l’enfant privilégie-t-il?

Auditive, visuelle, kinesthésique, voire plusieurs à la fois? On aura intérêt à détailler les réponses pour chaque matière et chaque type de leçon: par exemple, tel enfant retiendra mieux ses cours d’histoire en les relisant à voix haute en marchant, un autre apprendra sa poésie en fermant les yeux et en imaginant la scène évoquée dans le texte…

Comment se projette-t-il dans ce qu’on attend de lui?

Est-ce qu’il sait ce qu’il doit savoir pour réussir? Autrement dit, dans chaque matière ou pour chaque devoir, il convient de vérifier qu’il a compris, quels sont les critères de réussite attendus. Certains élèves pensent avoir bien révisé en relisant leurs cours et peuvent se retrouver désarçonnés, par une évaluation qui leur demande une réflexion plus personnelle et approfondie du cours.

D’autres pensent qu’une fois une leçon apprise, il n’est pas nécessaire de la réviser durant le reste de l’année si elle a déjà été évaluée. Or, les savoirs étant liés et leur acquisition progressive, si on ne révise pas régulièrement les notions antérieures ou si elles ne sont pas réactivées, on les oublie vite. Ainsi, un élève peut se retrouver en réussite dans une matière donnée lors d’un trimestre puis en échec par la suite, car il n’a pas fourni l’effort nécessaire pour conserver ses acquis et les réinvestir.

Gestion mentale: un outil de mémorisation et de concentration

Les trois étapes fondamentales

Antoine de la Garanderie, chercheur en pédagogie (ou psychopédagogie), a conçu une théorie pédagogique appelée la “gestion mentale3" (ou les gestes mentaux de l’apprentissage). Sa démarche a pour but de faire progresser les élèves en difficulté, en conscientisant les processus et les stratégies d’apprentissage. La gestion mentale décrit et optimise les processus cognitifs en œuvre lors de la mémorisation et la concentration, permettant ainsi à chacun de développer son potentiel grâce à une connaissance plus fine de son propre fonctionnement.

Pour lui, il existe cinq gestes mentaux4, entrant en jeu dans tous les apprentissages. A ceux-ci s’ajoutent trois étapes essentielles:

  • La perception: c’est le premier niveau d’analyse du cerveau qui correspond à l’organisation des informations reçues par les cinq sens, afin qu’elles trouvent une signification interne (à quoi correspond ce que je vois, ce que j’entends, ce que je ressens en touchant, en goûtant, en respirant).
  • L’évocation: c’est le retour que fait le cerveau sur l’image mentale créée suite à la perception afin de fixer celle-ci (image visuelle, auditive, ressenti associé). L’évocation se fait en l’absence de l’information perçue, ce que fait l’élève quand il doit restituer ses connaissances en faisant appel à sa mémoire par évocation. Cette activité lui permet de s’approprier le savoir, de le communiquer à un tiers, en utilisant les représentations qu’il s’en est fait.
  • Le projet mental: celui-ci structure les gestes mentaux décrits ci-dessous. Il est la mise en action de l’enfant face au savoir pour construire l’évocation et donc la mémorisation à court ou long terme de ses connaissances. L’enfant s’implique dans l’apprentissage, en fonction de la façon dont il va utiliser plus tard ce qu’il a appris.

Les cinq gestes mentaux associés

En psychopédagogie, voici les cinq gestes mentaux, qui entrent en jeu dans tous les apprentissages.

L’attention

L’enfant doit porter un projet d’attention, qui lui permet de se mettre en situation réceptive, lors d’un cours par exemple. Ce projet correspond à l’idée d’intérioriser les informations à prélever, de les faire exister en soi. On fait ensuite appel à ses cinq sens pour réceptionner les données par les différents canaux (auditif, visuel, kinesthésique, ainsi que le langage intérieur pour reformuler ce qui est entendu, vu ou lu).

La mémorisation

Là encore, la mémorisation sera efficace si l’on se met en position proactive, pour intégrer les nouvelles données dans l’intention de s’en resservir plus tard. Le travail de mémorisation est facilité quand les nouvelles notions sont liées dès leur introduction aux notions déjà acquises.

La compréhension

Le geste mental de compréhension correspond à la comparaison entre les nouvelles informations et celles déjà stockées et comprises: l’enfant va établir des similitudes et des différences entre ce qu’il connaît déjà et ce qui lui est inconnu, il va également inclure les nouvelles notions dans des ensembles plus larges déjà connus. C’est ainsi qu’il construit du sens, autour des nouvelles connaissances.

La réflexion

Cette étape est mise en œuvre à tout moment, quand il s’agit d’intégrer une nouvelle notion ou bien de mobiliser ses connaissances lors de la réalisation d’un problème, d’une rédaction. L’enjeu pour l’enfant est de faire appel aux autres gestes mentaux pour aller chercher dans ses connaissances, en se concentrant, ce qui va lui permettre de comprendre les énoncés, prélever les informations pertinentes, choisir des réponses adaptées etc.

L’imagination créatrice

S’interroger sur ce qui nous entoure, le «pourquoi» et le «comment», est ce qui mène à trouver de nouvelles solutions. C’est par l’usage de cette imagination créatrice, basée sur la confiance en soi et la prise de risques, que l’enfant-élève peut aborder sereinement les situations d’apprentissage. Face à l’inconnu, il peut mobiliser ce qu’il sait déjà et nourrir sa motivation de répondre à de nouvelles questions et enrichir ses connaissances.

A la croisée de la psychologie cognitive et de la pédagogie, la psychopédagogie redonne à l’enfant des clés, pour redevenir acteur de ses apprentissages et retrouver goût à apprendre pour développer pleinement son potentiel.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la psychopédagogie?

La psychopédagogie considère l'élève comme un enfant, doté de fonctionnements spécifiques. Elle a pour objectif de faciliter l'apprentissage pendant l'enfance.

Quels sont les grands principes?

- L'enfant doit être acteur de son savoir
- Donner du sens à l'apprentissage
- Renforcer le lien entre les connaissances et leur mise en pratique

Comment faciliter l'apprentissage?

- Conscientiser les processus et les stratégies d'apprentissage
- Susciter le dialogue sur les méthodes de travail utilisées
- L'enfant est pro-actif


  • 1Alain Sotto, Varinia Oberto, Donner l’envie d’apprendre : comment aider vos enfants à réussir, Lgf, 2016.
  • 2Jean-Pierre Famose, Apprendre à apprendre: la compétence clé pour s’affirmer et réussir à l’école. De Boeck supérieur, 2016.
  • 3Antoine de La Garanderie, Les profils pédagogiques: discerner les aptitudes scolaires, Bayard Éditions, 1980.
  • 4Sophie Godard, La réussite scolaire par un apprentissage positif et ludique : Pistes et outils pour motiver et aider l’enfant , éditions Erasme, 2016.
Marion Dorval
Marion Dorval, Auteur

Accompagnatrice en expression vocale créatrice. Spécialisée auprès des personnes hypersensibles. Ex enseignante pendant 10 ans.