Grossesse et sexualité

-

Il s'agit d'une période particulière de la vie sexuelle de la femme et elle l’est également pour le couple. Cette période ne doit pas être un sujet tabou, ni entre les partenaires, ni lors des consultations de suivi. Le manque d’informations et certaines craintes non fondées par rapport à l’enfant sont les principales causes de réticence des partenaires envers la poursuite de l’activité sexuelle du couple. Quelques recommandations et informations sont donc bienvenues pour que les deux partenaires puissent vivre une sexualité épanouie et satisfaisante durant la grossesse.

La dissociation entre fonction sexuelle de plaisir et fonction reproductive

Femme enceinte : image représentant la sexualité pendant la grossesse.

D’un côté les aspects reproductifs de la sexualité ne sont plus ni un objectif ni un risque, ce qui pourrait faire supposer qu’elle est plus détendue, plus libre, n’ayant que le plaisir comme objet et objectif.

D’un autre côté, la présence de l’enfant peut engendrer des craintes ou un inconfort :

  • Du fait de la présence de l’enfant pendant l’intimité de l’acte sexuel.
  • Par la peur de provoquer des complications.

Ainsi la sexualité pendant la grossesse peut être empreinte de craintes, de peurs, d’inconfort voire se confronter à des croyances éducatives ou culturelles.

  • Ainsi certaines cultures ethniques associent le sperme à un liquide biologique favorisant le développement de l’enfant, d’autres l’accusent d’être toxique pour l'enfant1.
  • Certaines cultures considèrent la femme enceinte comme sacrée avec un interdit de la toucher.
  • Selon les religions et la place qu’elles attribuent au plaisir dans la sexualité par rapport à la fonction de reproduction ou selon le stade de la grossesse, les interdits sexuels varient.
  • Et dans les sociétés occidentales, de nombreuses croyances persistent comme la crainte de « décrocher » le bébé lors des rapports sexuels par exemple.

Ces difficultés et appréhensions peuvent concerner autant la future mère que le couple qui voit alors sa vie sexuelle modifiée.

Le désir d'enfant

Le désir d’avoir un enfant, de donner la vie, peut se situer à différents niveaux chez la femme2 :

  • Un désir de donner la vie comme cristallisation ou « matérialisation » d’un amour, d’une histoire d’amour.
  • Devenir mère, qui peut être une aspiration de coller à un modèle social ou familial.
  • S’inscrire dans une filiation et une perpétuation familiale.
  • Assurer une perpétuation de soi-même, proche du désir d’immortalité.
  • Obéir à une conformité familiale.
  • Montrer sa féminité par le biais de sa fécondité, tout comme devenir père pour un homme peut montrer sa virilité.
  • Parfois être enceinte pour vivre la grossesse elle-même.

Beaucoup de raisons conscientes et inconscientes peuvent générer le désir de maternité.

Influence de certaines modifications

Hormonales

La grossesse s’accompagne d’une augmentation importante de la production d’hormones sexuelles (estrogènes, progestérone puis ocytocine lors de l’accouchement)3.

Les estrogènes vont stimuler le développement des organes génitaux, la progestérone va faire de l’utérus le lieu du développement de l’enfant et aura une action calmante et apaisante sur la femme, l’ocytocine va favoriser le lien d’attachement entre la future mère et l’enfant à naître.

L'ocytocine

L’ocytocine4 est l’hormone qui favorise la création du lien affectif et l’attachement. Elle intervient à la fois dans les relations amoureuses que dans les relations sociales, familiales, amicales.

Elle possède également une action apaisante et sécuritaire en calmant l’anxiété et la peur.

Sa production est stimulée par les relations sexuelles et les orgasmes.

Elle provoque également des contractions utérines et sa sécrétion est déclenchée de façon physiologique au début de l’accouchement.

J’arrête la pilule, quand vais-je pouvoir être enceinte ?

La possibilité d’être enceinte après arrêt de la contraception orale5 est très variable en fonction de l’âge, de ses cycles, etc.

Une grossesse peut survenir dès le cycle suivant l’arrêt de la pilule ou parfois seulement plusieurs mois après.

La grande majorité des femmes (80%), tous âges confondus, sont enceintes dans les deux ans de rapports sexuels réguliers sans contraception et le taux de conception est de 25% par mois chez les jeunes femmes.

Anatomiques

Entraînées par les augmentations de sécrétions hormonales, le corps se modifie6:

  • Augmentation du volume des seins.
  • Modification du col utérin qui se contracte et se ferme jusqu’au terme (accouchement).
  • Augmentation de la taille de l’utérus passant en position abdominale à partir du 3e mois de grossesse et jusqu’à atteindre une hauteur d’environ 33 cm à terme, comprimant de façon progressivement croissante les artères (aorte) et veines (veine cave) passant à proximité.
  • Augmentation de l’apport de sang dans la région pelvienne, pour faire face à l’augmentation de taille de l’utérus et aux besoins du bébé.
  • Cette augmentation des apports sanguins est associée à une augmentation de la fréquence cardiaque, qui majore la fatigabilité de la femme enceinte.
  • L’amplitude respiratoire abdominale est de plus en limitée avec la croissance utérine, d’où également une fatigabilité croissante à l’effort.
  • Les structures nerveuses suivent la distension des organes pelviens, pouvant entraîner des modifications de la perception nerveuse (inconfort, douleurs, modification de la sensation de plaisir).
  • Il faut également signaler la distension musculaire abdominale, qui peut être à l’origine de crampes douloureuses en particulier au niveau du bas-ventre.

De combien grandit l'utérus ?

  • Il reste dans la région pelvienne durant le 1er trimestre de la grossesse7.
  • A partir du 3e mois, il dépasse la symphyse pubienne et devient abdominal.
  • Il atteint le niveau de l’ombilic (nombril) au 5e mois.
  • Puis augmente de 0,5 cm à 1 cm par semaine jusqu’au terme, où il atteint environ 33 cm de hauteur.
  • Cette augmentation de taille de l’utérus fait pression sur les organes avoisinants et les déplace, comme les vaisseaux sanguins, les intestins, la vessie, l’estomac, la diaphragme, et est source d’inconfort.

Conséquences des modifications anatomiques

La poitrine est plus volumineuse et plus sensible.

Les compressions des vaisseaux dans l’abdomen et le pelvis peuvent être à l’origine de fatigue et de malaises, en particulier lorsqu'elle est allongée sur le dos (les principales artères et veines se situant en arrière de l’utérus). Concernant la sexualité, la position du « missionnaire » (femme allongée sous son partenaire) est donc déconseillée à partir du 5e mois de grossesse.

L’augmentation de la vascularisation pelvienne associée à la pression de l’utérus sur les vaisseaux voisins entraîne une hyperpression veineuse et une congestion pelvienne avec gonflement (œdème) de la vulve et de l’appareil génital, ce qui modifie les réactions sexuelles de la femme (diminution des sensations érogènes sexuelles).

Le relâchement des ligaments du bassin au 3e trimestre peut entraîner des douleurs ligamentaires et des sensations de tiraillements.

Modifications physiologiques

Sous l’effet des hormones et des modifications anatomiques du corps, on peut distinguer 3 périodes8.

1er trimestre

L’augmentation importante de la production hormonale génère une fatigue parfois majeure, une envie fréquente de dormir, souvent des nausées et parfois des vomissements.

Le goût et l’odorat peuvent également en être modifiés.

L’augmentation des réseaux vasculaires et glandulaires des seins engendre une tension, qui peut devenir douloureuse.

La qualité de vie de la femme durant le 1er trimestre est donc souvent altérée.

2e trimestre

Le 2e trimestre est en général une période heureuse. Les nausées et les vomissements ont disparu, le corps s’est habitué aux concentrations hormonales élevées, l’état général est notablement amélioré.

La congestion pelvienne est débutante, entraînant une turgescence clitoridienne et génitale avec une augmentation de la lubrification vaginale. Cette hypersécrétion vaginale n’est pas liée aux stimulations sexuelles et explique la fréquente observation de pertes abondantes.

3e trimestre

Le 3e trimestre est en général impacté par les modifications anatomiques abdominales.

L’hyperpression et la congestion pelviennes sont importantes, avec un risque élevé d’inconfort et de malaise en position allongée sur le dos.

La congestion pelvienne s’étend à la vulve et au vagin, qui sont œdématiés et moins sensibles aux sensations sexuelles.

Le volume de l’utérus est un poids à porter et réduit considérablement la variété des positions sexuelles possibles.

Modifications psychologiques et émotionnelles

La grossesse fait glisser le statut de la femme à celui de future mère9.

De fait, elle est vécue dans un état psychologique particulier dit « processus de maternalité », afin de traduire l’évolution psychoaffective10.

Cette « maternalité » correspond à une crise (par comparaison avec la « crise d’adolescence » du passage à l’identité adulte) ou plutôt une transition identitaire (la femme se découvre et doit assumer une autre identité, celle de mère) résultant à la fois des modifications corporelles, des histoires personnelle et éducative, et de son vécu sensoriel de cette période.

Cette modification de statut, ou plutôt ce rajout de statut puisque la future mère n’en reste pas moins femme, peut venir modifier les relations intimes du couple.

Cette période peut autant renforcer le lien érotique et d’attachement du couple que venir révéler ou générer des difficultés relationnelles ou sexuelles.

Elle peut ainsi venir altérer le désir et ceci chez les deux membres du couple. Cette altération peut être très variable selon la qualité de la sexualité du couple avant la grossesse. Les modifications de son image corporelle et de ses changements psychocomportementaux peuvent être des sources de déséquilibre des relations du couple. On rapporte une dévalorisation de l’estime de soi du fait des modifications corporelles chez environ 14% des femmes enceintes11.

Des craintes pour l’enfant, la peur d’une fausse couche, peuvent venir entraver le désir et le laisser aller des partenaires lors des rapports sexuels. La présence de l’enfant dans l’utérus peut être vécue comme un tiers s’immisçant dans l’intimité des partenaires.

Des croyances ou influences éducatives ou religieuses sont susceptibles de venir interférer dans le comportement sexuel.

La grossesse peut également venir réveiller des conflits au sein du couple qu’ils soient relationnels ou concernant la sexualité. Elle peut ainsi aussi parfois venir révéler un dysfonctionnement ancien ou être invoquée comme une cause de malaise dans le couple, masquant un conflit plus profond. Elle peut ainsi devenir une excuse pour éviter les rapports sexuels.

Le père peut aussi être perturbé par le passage de sa partenaire femme à la compagne mère ou par les modifications corporelles de sa partenaire, voire ressentir un sentiment de jalousie face au développement de la dyade mère-enfant.

Pour certains couples, le passage du statut de couple « amants » à celui de futurs parents peut entraîner des inquiétudes ou des angoisses, venant modifier leur relation et leur sexualité.

Mais l’enfant à naître, qui représente l’attachement et l’amour du couple, ne doit pas venir prendre la place ou cristalliser un dysfonctionnement.

Une bonne communication au sein du couple, le maintien des échanges, la conservation d’une intimité, sont essentiels pour dépasser les changements qui vont se faire durant cette période.

Enfin, on décrit souvent l’ambiance psychologique du vécu de la grossesse comme une femme la vivant de façon personnelle et solitaire au milieu d’un « brouhaha social » constitué de l’agitation environnementale des proches, amis, collègues et également du monde médical et des informations médiatiques à ce sujet12.

Le recours à un thérapeute de couple, à un sexologue ou à un psychologue peut être parfaitement justifié si la souffrance du couple est prononcée ou si un accompagnement psychologique ou psychocorporel est souhaité.

Évolution de la sexualité et de la sensualité

Il est tout à fait possible et sain de préserver une sexualité durant la grossesse même si elle doit être adaptée aux évolutions de cette période.

Le développement mammaire génère une augmentation de la tension et de la sensibilité des seins.

La région vulvaire et en particulier les zones érogènes deviennent progressivement plus difficiles à atteindre par la femme et pour son partenaire.

Le désir sexuel est souvent diminué aux 1er et 3e trimestres, en particulier du fait de l’inconfort ressenti durant ces périodes. Il est augmenté au 2e trimestre.

L’orgasme est souvent obtenu plus difficilement. Toutefois, elle ne modifie pas de façon notable le désir sexuel pour 60% des femmes enceintes, même si la fréquence des rapports sexuels a tendance à diminuer13.

Certaines peuvent éprouver un fort désir de sexualité durant toute la durée de la grossesse.

Au 1er trimestre

L’altération de l’état général est une cause fréquente et compréhensible de baisse du désir chez la femme enceinte.

De plus, le 1er trimestre est souvent une période d’anxiété, de questionnements et de besoin d’informations.

Il importe que durant ce trimestre les deux membres du couple restent tendres et proches et qu’ils sachent que l’enfant à naître ne risque rien lors des rapports sexuels.

Ainsi, sous réserve des limites imposées par l’altération de l’état général de la mère, la sexualité peut être poursuivie sans modification particulière.

L’augmentation des réseaux vasculaires et glandulaires des seins engendre une tension, qui peut toutefois devenir douloureuse en cas de stimulation par le toucher.

Au 2e trimestre

Le 2e trimestre en le plus souvent une période heureuse pour le couple.

La phase d’imprégnation hormonale est passée et elle ne ressent plus les désagréments du 1er trimestre. L’utérus est passé en position abdominale mais ne fait pas obstacle à la vie sexuelle et son désir est revenu. L’échographie du 1er trimestre a rassuré sur le bon « accrochage » du bébé.

De plus, la congestion pelvienne débutante génère une lubrification vaginale plus abondante mais s’il existe une moindre perception des stimulations vulvaires du fait d’un œdème. En revanche, la zone clitoridienne peut voir sa sensibilité augmentée.

Le désir sexuel et la sexualité de la femme sont souvent augmentés durant ce trimestre, elle est dans une période d’épanouissement et de bien-être qui peut augmenter la libido, et ce d’autant que la grossesse aura été fortement désirée.

En l’absence de contre-indications médicales spécifiques, il n’existe aucun obstacle à ce que le couple ait des relations sexuelles harmonieuses et aussi fréquentes qu’il le souhaite.

Au 3e trimestre

La 3e trimestre est une période où la vie sexuelle s’adapte en permanence à l’augmentation de taille de l’utérus et à la fatigabilité de la femme enceinte. Une diminution de la fréquence des rapports sexuels au 3e trimestre est de fait rapportée chez 70 à 90% des femmes14.

La sexualité génitale est quasiment inexistante le 9e mois de la grossesse.

La gêne liée au volume de l’utérus est le principal facteur de réduction de l’activité sexuelle, suivie par les peurs d’une rupture des membranes ou d’une infection.

La sexualité au 3e trimestre est parfaitement possible sous réserve d’une limitation dans les positions possibles du fait du volume de l’utérus :

  • La position allongée sur le dos (« missionnaire ») est déconseillée en raison du risque de malaise par compression vasculaire. La position allongée sur le ventre est également déconseillée.
  • Les positions sur le côté (« petites cuillères », dos de la femme contre le ventre de son partenaire) sont privilégiées ainsi que les positions génupectorales (« levrette »).

Une sécheresse vaginale est également souvent rapportée.

L’importance de la congestion pelvienne au 3e trimestre peut faire que les orgasmes ne la soulagent pas totalement et qu’une sensation de tension désagréable persiste après l’orgasme.

S’ils ne sont pas déconseillés au 3e trimestre, en l’absence de risque d’accouchement prématuré, les rapports sexuels avec pénétration doivent cependant être plus délicats, doux et tendres.

Que rapportent les femmes enceintes ?

Diminution de la fréquence des rapports sexuels : 64%15.

  • Notamment au 1er trimestre du fait des nausées et vomissements (30%), de la fatigue (20%), de la peur de porter préjudice à l’enfant (12%).
  • Au 3e trimestre, les raisons invoquées sont le volume de l’abdomen (47%), la peur de la rupture des membranes (8%) ou d’une infection (8%) et l’inconfort physique (6%).

Sur leur satisfaction sexuelle :

  • Augmentation : 27%.
  • Pas de changement : 45%.
  • Diminution : 28%.

Sur les positions adoptées :

  • Changement par rapport à avant la grossesse : 61%.
  • Préférence pour la position des « petites cuillères » : 79%.

Influence de la sexualité sur la grossesse

Idées fausses

De nombreuses idées fausses circulent sur les risques des rapports sexuels durant cette période. Il importe de les corriger16 :

  • Le maintien des rapports sexuels au 1er trimestre n’expose pas à un risque majoré de fausse couche spontanée.
  • En revanche en fin de grossesse, et en particulier s’il existe une anomalie du col utérin ou un risque de rupture prématurée des membranes, les rapports sexuels sont susceptibles de favoriser la survenue de complications obstétricales.
  • Des saignements au niveau du col utérin peuvent être provoqués par les rapports sexuels, si la femme présente des lésions du col.
  • Les risques infectieux sexuels existent toujours comme par exemple le risque de survenue d’une mycose, qui est majoré par les modifications hormonales du vagin pendant cette période.
  • Les orgasmes ne déclenchent normalement pas de contractions utérines aux 1er et 2e trimestres. Les contractions utérines déclenchées par les orgasmes au 3e trimestre ne sont pas suffisamment fortes pour déclencher l’accouchement en l’absence de risque d’accouchement prématuré.
  • En revanche l’activité sexuelle peut déclencher des contractions utérines (production d’ocytocine stimulée par la distension vaginale) et le risque d’accouchement prématuré peut être augmenté chez les femmes à risque, présentant des contractions utérines. Les contractions peuvent survenir chez 25% d'entre elles lors de l’orgasme durant le 3e trimestre de grossesse.
  • En revanche il n’existe pas de lien direct démontré entre l’activité sexuelle et le déclenchement de l‘accouchement (travail). En l’absence de risque d’accouchement prématuré, les relations sexuelles peuvent être poursuivies jusque dans les jours précédant l’accouchement.

Le bébé et les rapports sexuels

Les rapports sexuels se déroulent au niveau du vagin et non dans l’utérus. Il n’y a donc pas de risque de « toucher » l’enfant.

Par ailleurs, le bébé baigne dans le liquide amniotique qui fait office « d’air bag » envers les mouvements sexuels.

Les rapports sexuels ne peuvent ainsi pas blesser le bébé.

Contre-indications

Certaines causes obstétricales constituent des contre-indications aux rapports sexuels17 :

  • Antécédent ou risque d’accouchement prématuré.
  • Grossesse multiple (jumeaux, triplés…).
  • Rupture prématurée des membranes (« poche des eaux »).
  • Insertion basse du placenta dans l’utérus.

Quelles positions sexuelles privilégier ?

  • Les « petites cuillères », femme et homme allongés sur le côté, le dos de la femme contre le ventre de l’homme.
  • La « levrette », femme à quatre pattes et homme à genoux derrière elle.
  • La « cavalière » ou la « position d’Andromaque », homme allongé sur le dos, femme assise sur lui et face à lui, bien droite ou accroupie.
  • Le « vol des mouettes », femme allongée sur le dos au bord du lit avec les pieds en appui au sol, homme à genoux face à elle.
  • La « balançoire », homme allongé sur le dos, femme accroupie sur lui en lui tournant le dos face penchée au-dessus des jambes de l’homme.
  • « L’enclume », femme allongée sur le dos relevant ses jambes pour les poser sur les épaules de l’homme face à elle.
  • Le sexe oral peut occuper une place privilégiée.

Quelles positions sexuelles éviter à partir des 5e ou 6e mois ?

  • Le « missionnaire », femme allongée sur le dos et homme sur elle.
  • Femme enceinte allongée sur le ventre.
  • Toutes les positions demandant des efforts ou une trop grande souplesse et générant inconfort et fatigue.
  • La sodomie est à éviter en cas de risque d’accouchement prématuré, de grossesse gémellaire ou de dilatation du col (risque de contractions utérines).

Sextoys

Durant toute la grossesse, la pénétration avec des objets vibrants doit être évitée. Ils peuvent en revanche être utilisés au niveau de la vulve et du clitoris.

Les sextoys18 non vibrants peuvent être utilisés sans restriction, sans violence et avec douceur.

Sexualité et accouchement

A proximité de l’accouchement, deux facteurs viennent modérer la sexualité du couple :

  • L’apparition des contractions utérines.
  • L’augmentation de la fragilité du col utérin.

Aussi, bien qu’aucun lien n’ait été objectivé entre les rapports sexuels et le déclenchement de l’accouchement, la sexualité génitale doit être particulièrement douce et les séances érotiques sans pénétration ont alors une place privilégiée dans l’intimité du couple19.

Les rapports sexuels à proximité du terme

A proximité du terme (notamment dans les 6 semaines précédant la date prévue du terme), les contractions utérines justifient une réduction de la fréquence des rapports sexuels génitaux du fait du risque d’accouchement prématuré.

En dehors des situations où la pénétration peut être contre-indiquée (menace d’accouchement prématurée, ramollissement du col utérin, grossesse gémellaire, placenta bas inséré), il n’y a toutefois aucune interdiction formelle dans la mesure où les rapports sont doux.

Une sexualité sans pénétration peut être privilégiée : caresses, massages, préservation de l’intimité du couple, etc.

Orgasme et accouchement, qu’en est-il exactement ?

Certaines femmes (environ 0,3 à 2% des accouchements) ressentent un orgasme durant le travail20.

On parle "d’accouchement orgasmique" ou "d’orgasme obstétrical"21.

Il s’agit d’un plaisir en général fugace survenant lors d’une poussée, sans aucune pensée érotique ou sexuelle, et s’accompagnant d’une réduction importante des douleurs de l’accouchement.

On invoque la distension du périnée lors du passage de l’enfant dans la filière génitale, stimulant des zones érogènes profondes comme les bulbes vestibulaires et les piliers du clitoris. Certaines femmes ont expérimenté avec succès la pratique de la masturbation durant leur accouchement. Elles décrivent un effet de détente et de bienfait sur la douleur des contractions et disent l’avoir vécu comme un geste naturel relaxant et non comme un acte sexuel22.

De fait, la masturbation stimule la production d’endorphines, qui sont apaisantes et analgésiques, et d’ocytocine, qui favorise les contractions utérines et les rend plus efficaces.

Quelques conseils pratiques

  • Éviter les rapports sexuels trop violents et adopter la douceur comme principe de base de tout rapport. Moyennant quoi, si la grossesse se déroule sans anomalie obstétricale, la sexualité peut être vécue sans problème, du moins jusqu’à la survenue de contractions23.
  • La position du « missionnaire » (femme allongée sur le dos et homme au-dessus) reste possible tant que l’homme peut éviter de peser sur sa partenaire en prenant appui sur ses bras (1er trimestre).
  • Au 2e trimestre, les positions avec la femme au-dessus de son partenaire sont souvent préférées (« Andromaque », « Arétin »).
  • Au 3e trimestre, privilégier les positions sexuelles les plus confortables pour la femme (« petite cuillère », « levrette ») et éviter celles générant de la fatigue ou des efforts.
  • Laisser la femme maîtriser la pénétration et les mouvements sexuels.
  • Éviter les rapports sexuels s’ils provoquent des contractions utérines. Ce qui ne veut pas dire abandonner toute intimité et toute sensualité.
  • Respecter les contre-indications obstétricales aux rapports sexuels.
  • Parler, se confier : le maintien d’une bonne communication intime dans le couple est la meilleure assurance de l’harmonie affective et sexuelle entre les partenaires.
  • Parler de ses difficultés à un thérapeute (sexologue, thérapeute de couple, gynécologue) peut avoir un impact tout à fait positif sur le vécu de cette période de la vie de la femme et du couple, tant pour recevoir de l’information sur les modifications liées à la grossesse et ayant un retentissement sur la sexualité et sur le couple, que pour bénéficier de conseils sexologiques concernant par exemple les positions les plus favorables.

Que conclure ?

  • Il s'agit d'une période d’intenses modifications aux niveaux corporel et psychologique.
  • Pour une femme enceinte de son premier enfant, c’est une période de mutation profonde, où elle doit passer de femme à mère sans pour autant renoncer à demeurer aussi une femme avec son existence propre, son désir, son plaisir, sa vie sexuelle.
  • La sexualité durant la grossesse ne doit pas être un sujet tabou, ni entre les partenaires ni lors des consultations de suivi.
  • Sur le plan sexuel, on peut distinguer le 1er et le 3e trimestres, où le désir et la fréquence des rapports sexuels diminuent, du 2e trimestre qui est au contraire une phase d’épanouissement tant sexuel que personnel et d’affirmation de la dyade mère-enfant.
  • Néanmoins toutes les variabilités en fréquence et en qualité des rapports sexuels peuvent exister selon les couples et il n’existe pas de norme absolue. L’important est que le couple s’y retrouve et soit heureux de sa sexualité et du vécu de la grossesse. La qualité des rapports sexuels a toutefois tendance à diminuer en raison des précautions croissantes prises pour le bien-être de la mère et de l’enfant.
  • Privilégier le confort à la performance est le maître mot.
  • La vie sexuelle n’a pas à pâtir, pendant cette période, en l’absence de contre-indications obstétricales spécifiques. Elle constitue au contraire un pivot fondamental de la construction du couple parental.
  • La question de la sexualité est encore trop peu abordée en consultation de suivi de grossesse, alors qu’il s’agit d’un sujet important pour de nombreux couple, notamment en termes d’information et de prévention, y compris pour la période du post-partum : La sexualité après l'accouchement.
  • Il ne faut pas hésiter à demander aide ou accompagnement à un sexologue ou à un thérapeute de couple pour ne pas laisser un conflit s’enkyster ou simplement pour recevoir des informations.
  • La période de la grossesse n’est en revanche pas le bon moment pour initier une prise en charge spécifique sur le plan sexologique du fait de son retentissement propre sur la sexualité. Elle représente en revanche un excellent moment pour découvrir les rapports sexuels sans pénétration systématique.
  • La relaxation, l’haptonomie, le yoga, la méditation sont des aides souvent privilégiées pour permettre à la femme de se recentrer et de vivre pleinement et positivement cette période.

Questions fréquentes

La sexualité pendant la grossesse est-elle possible ?

La sexualité pendant la grossesse est possible. Elle ne doit pas être un sujet tabou, ni entre les partenaires ni lors des consultations.

Quelles sont les recommandations ?

- Éviter les rapports sexuels brusques
- Éviter la position du missionnaire
- Privilégier les positions les plus confortables pour la femme
- Respecter les contre-indications obstétricales

Quelles sont les contre-indications ?

- Risque d'accouchement prématuré
- Grossesse multiple
- Insertion basse du placenta dans l’utérus
- Rupture de la poche des eaux


  • 1Leuillet P. Grossesse et post-partum. In Courtois F, Bonierbale M. Médecine sexuelle, Lavoisier Ed., Paris, 2016
  • 2Leuillet P. Grossesse et post-partum. In Courtois F, Bonierbale M. Médecine sexuelle, Lavoisier Ed., Paris, 2016
  • 3Lopès P. Sexualité et grossesse, sexualité et post-partum. In Lopès P, Poudat FX. Manuel de sexologie, Elsevier Ed., Paris, 2014
  • 4Lansac J. Lopès P. Questions sexo. Eyrolles Ed., Paris, 2017
  • 5Lansac J. Lopès P. Questions sexo. Eyrolles Ed., Paris, 2017
  • 6Lopès P. Sexualité et grossesse, sexualité et post-partum. In Lopès P, Poudat FX. Manuel de sexologie, Elsevier Ed., Paris, 2014
  • 7Leuillet P. Grossesse et post-partum. In Courtois F, Bonierbale M. Médecine sexuelle, Lavoisier Ed., Paris, 2016
  • 8Lopès P. Sexualité et grossesse, sexualité et post-partum. In Lopès P, Poudat FX. Manuel de sexologie, Elsevier Ed., Paris, 2014
  • 9Lopès P. Sexualité et grossesse, sexualité et post-partum. In Lopès P, Poudat FX. Manuel de sexologie, Elsevier Ed., Paris, 2014
  • 10Leuillet P. Grossesse et post-partum. In Courtois F, Bonierbale M. Médecine sexuelle, Lavoisier Ed., Paris, 2016
  • 11Lansac J. Lopès P. Questions sexo. Eyrolles Ed., Paris, 2017
  • 12Leuillet P. Grossesse et post-partum. In Courtois F, Bonierbale M. Médecine sexuelle, Lavoisier Ed., Paris, 2016
  • 13Lopès P. Sexualité et grossesse, sexualité et post-partum. In Lopès P, Poudat FX. Manuel de sexologie, Elsevier Ed., Paris, 2014
  • 14Lopès P. Sexualité et grossesse, sexualité et post-partum. In Lopès P, Poudat FX. Manuel de sexologie, Elsevier Ed., Paris, 2014
  • 15Lansac J. Lopès P. Questions sexo. Eyrolles Ed., Paris, 2017
  • 16Lopès P. Sexualité et grossesse, sexualité et post-partum. In Lopès P, Poudat FX. Manuel de sexologie, Elsevier Ed., Paris, 2014
  • 17Lopès P. Sexualité et grossesse, sexualité et post-partum. In Lopès P, Poudat FX. Manuel de sexologie, Elsevier Ed., Paris, 2014
  • 18EurekaSanté. Grossesse et sexualité. Vidal Ed. Paris, 2014
  • 19Carbone L et coll. Sexual Intercourse for Induction of Spontaneous Onset of Labor. J. Sex. Med., 2019 ;16 :1787-1795
  • 20Lopès P. Sexualité et grossesse, sexualité et post-partum. In Lopès P, Poudat FX. Manuel de sexologie, Elsevier Ed., Paris, 2014
  • 21Postel T. Naissance et jouissance : mise en évidence d’un orgasme obstétrical. Sexologies, 2013 ; 22 : 165-168
  • 22Duchemin D. Accouchement : la masturbation comme antidouleur ? Slate, 6 février 2020
  • 23Leuillet P. Grossesse et post-partum. In Courtois F, Bonierbale M. Médecine sexuelle, Lavoisier Ed., Paris, 2016
Philippe Schwartz

Relaxologue et sexologue. Diplôme de docteur en médecine. Consulte à Paris.