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Réagir face aux pleurs du bébé et de l’enfant

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En tant qu’adultes, nous sommes souvent désarçonnés par les pleurs des enfants. Qu’il s’agisse de colère, de peur, ou bien de l’expression d’une autre émotion, nous peinons parfois à comprendre leur raison. Les modèles de parentalité positive, tout comme les apports des neurosciences, nous proposent des moyens simples pour identifier les causes des larmes des petits et y réagir de façon adaptée, dans le respect du bien-être de l’enfant. Comment réagir face aux pleurs du bébé et de l'enfant?

Le développement émotionnel

La gestion des émotions n’est pas innée chez l’enfant, même si les réactions émotionnelles existent dès la naissance. Les émotions apparaissent tout au cours de l’enfance grâce à la maturation de certaines zones cérébrales, et de ce dans un ordre précis1.

On assiste d’abord à l’apparition des émotions dites primaires (colère, peur, dégoût, tristesse, joie) puis des émotions plus complexes. Elles sont commandées par le cerveau limbique. Chez le tout-petit, les aires frontales ne sont pas encore matures: c’est ce qui l’empêche de se centrer sur autrui et donc d’avoir conscience de ses propres émotions. De même, les zones corticales supérieures sont encore en développement: elles lui permettront plus tard de secondariser ses émotions, c’est-à-dire de les nommer et de leur donner du sens.

L’adulte doit donc tenir compte du fait que les émotions du petit ainsi que les pleurs du bébé doivent être accompagnés, pour qu’il puisse les vivre pleinement et se développer sans avoir peur de ce qu’il peut exprimer.

Les pleurs nocturnes du bébé

Les pleurs nocturnes chez un bébé2 peuvent être impressionnants, notamment lorsqu’ils se transforment en crise de larmes. Celles-ci peuvent être accompagnées de spasmes. Les adultes se sentent démunis, face à cette décharge émotionnelle.

Ce qu’on appelle communément « pleur » est souvent confondu avec les cris. Le cri est la seule façon de s’exprimer pour un nouveau-né, qui n’a pas encore à sa disposition le langage verbal, ni le non verbal (sourires, gestes…). Il l’utilise pour communiquer avec son entourage et lui signifier ses besoins.

La période des cent premiers jours correspond à celle où le bébé est plutôt en veille la nuit et dort le jour. Par conséquent, il est normal que le bébé se manifeste par des pleurs et des cris pendant son sommeil, puisque celui-ci n’est pas encore calé sur le rythme circadien des adultes. C’est sa façon d’exprimer ses besoins urgents, en s’assurant qu’il sera entendu, même si ses parents dorment…

La plupart du temps, les pleurs nocturnes du bébé, avant trois mois, correspondent à la faim. Il peut aussi s’agir de douleurs. Lui donner à manger, le bercer, voire le masser s’il souffre d’inconfort digestif, peut suffire à le calmer. A noter que la tétine n’est pas recommandée durant la nuit, car si le bébé la perd, il va inévitablement se mettre à pleurer. Il vaut mieux le laisser choisir son pouce s’il en éprouve le besoin.

Les terreurs nocturnes sont quant à elles encore inexpliquées à ce jour. Il est peu probable qu’elles correspondent à des cauchemars, car le bébé de moins de deux ans n’a pas assez stocké d’images dans sa mémoire pour créer des scénarios de rêves.

Si le bébé crie pendant son sommeil, on peut attendre un petit peu avant de le prendre dans les bras, car se peut qu’il parvienne à se calmer tout seul. S’il persiste à crier, sans se réveiller, il faut le prendre dans ses bras pour le réveiller et le sortir de cet état, le bercer et le réconforter.

La construction de l’attachement

Aujourd’hui on considère que laisser un bébé pleurer trop longtemps peut causer du tort à la relation parent-enfant et au bon développement psycho-affectif du tout-petit. La théorie de l’attachement, élaborée par John Bowlby, nous dit qu’un bébé va construire son équilibre émotionnel grâce à une ou plusieurs figures d’attachement (en général, ses parents).

C’est dans le lien à ces personnes qu’il va rechercher à être accepté, reconnu, aimé, compris et ce de manière inconditionnelle. En s’attachant de façon saine donc sécure à ses parents, le bébé va renforcer son sentiment de sécurité intérieure. A l’inverse, si ses figures d’attachement lui montrent de l’indifférence, du rejet, de la négligence, il risque de se trouver en danger: l’attachement insécure induit généralement chez l’enfant un manque de confiance en soi et en les autres. Les pleurs du bébé ne doivent pas être ignorés.

Dès qu’un bébé pleure, il convient d’aller le rassurer et de chercher à combler son besoin: lui donner à manger s’il a faim, le soigner s’il a mal. Le tout-petit sait ainsi que lorsqu’il a besoin de l’adulte, celui-ci est présent. Il s’arrêtera de lui-même de pleurer.

Si on laisse le bébé pleurer en se disant qu’il ne faut pas se précipiter au moindre pleur, l’enfant mettra bien plus de temps à se calmer. De plus, cela provoquera une insécurité intérieure: le bébé n’est pas capable de se dire que ses parents vont bientôt arriver à son secours, or s’ils ne viennent pas tout de suite, il risque de perdre confiance en eux.

Or un bébé dépend de ses parents pour sa survie, il va donc tout faire pour préserver ce lien de confiance et pour cela supprimer ses émotions. Il va faire en sorte de ne plus se rendre perceptif à ses propres émotions du moment. Cela va augmenter en parallèle sa dépendance aux parents et risque d’engendrer un attachement insécure.

L’attachement sera en revanche sécure si les parents sont attentifs et réceptifs aux émotions ou aux pleurs du bébé. S'ils sont présents pour l'écouter et satisfaire ses besoins. Ce type d’attachement permet par exemple de faciliter les services de garde, lorsqu’on doit confier ponctuellement l’enfant à un tiers (crèche, famille).

Peu à peu, en grandissant, il pourra alors exprimer plus clairement ses besoins et devenir autonome dans la gestion de ses émotions, car il saura qu’il peut compter sur ses parents pour recevoir et écouter ce qu’il ressent. Il aura plus de facilité à se détacher le moment venu de ses parents, car il sait qu’il pourra compter sur eux.

Le lien de confiance sera préservé, sans qu’il y ait de dépendance affective. Les enfants ayant construit un attachement insécure vont au contraire se montrer moins à l’aise avec l’expression de leurs émotions et être moins confiants, en retrait dans les groupes. Ils peuvent aussi développer de la colère et se montrer agressifs, ce qui pourrait venir des rejets occasionnels vécus de la part de leur figure d’attachement.

Le langage des sons

Parfois, les parents sont démunis car ils ne comprennent pas ce que les pleurs peuvent bien signifier et n’arrivent pas à calmer le bébé. Priscilla Dunstan3, une chanteuse lyrique elle-même maman, a étudié avec minutie les sons et pleurs émis par le bébé, le sien et ceux d’autres cultures. Elle a réussi, grâce à son oreille absolue, à établir un lexique des sons correspondant à différents besoins et significations. Ses observations et recherches ont été étayées par un ensemble de chercheurs dans le champ de la linguistique comme de la pédiatrie.

Ainsi, on peut citer les sons caractéristiques suivants :

  • « Neh » : son utilisé quand le bébé a faim, il fait alors le geste de téter avec sa bouche ce qui va produire le son « neh ».
  • « Nah »: son utilisé lorsqu'il a soif.
  • « Owh » : son utilisé lorsque le bébé a sommeil.
  • « Eh » : son utilisé quand il a un rot coincé. Dans ce cas, ce n’est pas la peine de le bercer : il faut d’abord lui faire faire son rot, pour qu’il puisse se calmer et ensuite s’endormir.
  • « Eair » : le nourrisson fait ce son lorsqu'il est surchargé de tension.
  • « Lelol » : son utilisé par le bébé quand il se sent seul et qu’il a besoin qu’on le prenne dans les bras.

Pendant l'enfance

Au fur et à mesure que l’enfant grandit4, il va disposer d’une plus grande palette pour exprimer ses émotions. Pour que celles-ci soient bien vécues, pour qu’il n’en ait pas peur, il est important de préserver un lien d’écoute empathique entre parents et enfants. Cela ne veut pas dire qu’il faut à tout prix se précipiter pour consoler son enfant.

Quand l’enfant a un chagrin, s’est fait un bobo, il est bon de le laisser d’abord s’exprimer, avant de vouloir venir à son secours. On reste dans l’écoute empathique en utilisant le « je » et en montrant qu’on comprend ce que cela lui fait, en encourageant l’émotion à sortir : »je vois que tu as mal », « pleure, serre-moi fort, tu as mal ! », « j’aurais du chagrin moi aussi à ta place, alors tu peux pleurer tu sais ».

L’adulte a aussi intérêt à partager ses propres émotions avec l’enfant, pour lui faire comprendre qu’il est naturel de ressentir de la tristesse ou de la colère. Il n’est bien sûr pas question d’effrayer l’enfant ou de lui faire porter le poids de nos propres chagrins, mais de s’autoriser à apparaître comme vulnérable et tout autant capable de surmonter ce qui peut blesser.

L’enfant doit sentir qu’il a la place, c’est-à-dire l’autorisation pour dire ce qu’il ressent, par les mots s’il est suffisamment grand, par les pleurs ou toute expression corporelle de son émotion. Il a besoin de savoir qu’il sera écouté, sans être jugé, et sans avoir à se justifier de ce qu’il ressent.

Il faut à tout prix éviter de vouloir trouver une raison à ses pleurs. Le « pourquoi tu pleures ? » n’a pas de sens pour l’enfant qui cherche juste à évacuer son mal être par les larmes. Vouloir comprendre la raison c’est risquer de le culpabiliser ou de le dévaloriser, car il peut penser qu’il devrait savoir lui-même pourquoi il pleure, ou bien qu’il n’est pas assez fort et ne devrait pas se montrer faible en pleurant. Il est très difficile pour un enfant, et même parfois pour un adulte, de savoir précisément ce qui déclenche des larmes – hormis une douleur physique brutale.

L’enfant a juste besoin que son émotion soit entendue, acceptée, afin de la reconnaître lui-même et de pouvoir s’en détacher par la suite. Il ne sert donc à rien de vouloir interpréter les pleurs et chagrins.

Parfois, les enfants semblent pleurer pour un rien. Les jérémiades ont le don d’exaspérer les parents. Comment réagir dans ce cas ? Pour un tout-petit ou un bébé, il est fréquent que ces pleurs soient synonymes de fatigue.

En tant qu’adultes, nous avons plutôt tendance à nous mettre en colère, sous tension, quand nous sommes fatigués. Nous ne reconnaissons pas notre fatigue et dans notre rôle de parents, nous perdons patience quand les enfants se mettent à chouiner. Dans ce cas, au lieu de penser que les enfants sont insupportables, il vaut mieux reconnaître que nous sommes nous-mêmes épuisés et que nous avons besoin de calme et de repos.

Questions fréquentes

Pourquoi le bébé pleure?

Les pleurs ou parfois "cris" sont la seule façon de s’exprimer pour un nouveau-né, qui ne dispose pas du langage verbal ou non verbal.

Comment réagir face aux pleurs du bébé?

- Ne pas laisser le bébé pleurer
- Rassurer le bébé
- Ecouter et satisfaire son besoin

Comment réagir face aux pleurs de l'enfant?

- Laisser l'enfant s'exprimer, avant de vouloir l'aider
- L'encourager à exprimer ses émotions
- L'écouter sans le juger


  • 1Ruth Feldman, Sally Olds, Diane Papalia, Psychologie du développement humain, de Boeck, 2010.
  • 2Philippe Grandsenne, Asha Meralli, Comprendre les pleurs de bébé: Comment apaiser son enfant ? Eryolles Psycho enfant, 2013
  • 3Isabelle Filliozat, Au cœur des émotions de l’enfant, JC Lattès, 2014
  • 4Priscilla Dunstan, Il pleure : que dit-il ? Décoder enfin le langage caché des bébés, JC Lattès, 2016.
Marion Dorval
Marion Dorval, Auteur

Accompagnatrice en expression vocale créatrice. Spécialisée auprès des personnes hypersensibles. Ex enseignante pendant 10 ans.