Vaginisme : causes et traitement naturel

-

Trouble sexuel féminin très invalidant ; il consiste en la contraction des muscles entourant le vagin lors de la pénétration, rendant celle-ci souvent impossible. Il s’agit d’une cause fréquente de mariage non consommé. Zoom sur le traitement naturel et causes du vaginisme.

Définition : une contracture musculaire involontaire

Caractéristiques

Femme souffrant de vaginisme : causes et traitement naturel.

On définit le vaginisme comme un ensemble de réactions musculaires aboutissant à la fermeture de l’entrée du vagin lors de la pénétration1. Elles sont le fait de muscles du périnée, situés autour du vagin (muscles périvaginaux). Le mécanisme repose sur la survenue de contractions musculaires réflexes involontaires défensives, lors d’une pénétration vaginale que celle-ci soit le fait d’un pénis, de doigts ou d’un objet (sextoy, speculum d’examen gynécologique).

Le périnée

Le périnée est un ensemble de muscles qui vont du pubis et de la région génitale à la région anale et au coccyx, constituant une sorte de hamac musculaire puissant qui se situe juste derrière la vulve2.

On peut le comparer à un petit trampoline qui soutient les organes pelviens et joue un rôle d’amortissement de la pression abdominale. Parmi ces muscles, le releveur de l’anus, responsable de la continence anale et urinaire, passe de part et d’autre de l’entrée du vagin. C’est notamment sa contraction involontaire qui rend la pénétration impossible lors de ce trouble3.

C’est aussi lui qui se contracte de façon rythmique durant l’orgasme, provoquant une diffusion du plaisir dans la région pelvienne.

Symptômes du vaginisme

La contraction est involontaire, ce qui signifie que la femme ne la contrôle pas. Elle est ressentie comme la perception d’une crispation importante du vagin et de la région vulvaire donnant l’impression d’un mur infranchissable.

Ce trouble peut exister dès le début de la vie sexuelle (primaire) ou apparaître plus tardivement après une période de vie sexuelle sans problème (vaginisme secondaire).

Il peut aussi être total (complet), interdisant toute pénétration, ou partiel (incomplet). On parle alors parfois dans ce dernier cas d’une « dyspareunie d’intromission », qui se caractérise par une pénétration difficile et douloureuse et le plus souvent incomplète.

En fait, le vaginisme qualifie plutôt la crispation musculaire involontaire et la dyspareunie, la douleur. Cependant, en pratique, la contraction musculaire entraîne une douleur qui elle-même induit une peur d’avoir mal, laquelle génère une contraction musculaire réflexe.

Selon les moments, les circonstances ou le partenaire, il peut être parfois complet et parfois incomplet. Il peut également survenir lors de l’examen gynécologique d’une femme ou lors de l’introduction d’un tampon hygiénique.

Il engendre un véritable cercle vicieux associant douleur, anxiété du rapport sexuel, peur au moment de l'acte et à nouveau douleur et contraction défensive en réaction à la peur.

Le plus souvent, il est isolé, sans coexistence d’un trouble du désir ou orgasmique4. Enfin, les symptômes du vaginisme peuvent être sélectifs, survenant avec un partenaire mais pas lors de l’examen gynécologique.

Son diagnostic est uniquement clinique et ne nécessite pas la réalisation d’examens complémentaires, sauf si une cause organique est retrouvée ou suspectée.

Origines

On parle souvent de vaginisme en l’absence de causes organiques et de dyspareunie (dyspareunie d’intromission), lorsqu’une origine somatique est retrouvée. Ainsi défini, il touche environ 1% des femmes en âge de procréer mais 15% à 25% des femmes consultant en sexologie et les dyspareunies environ 24% 5 6‌‌.

Dans les populations de femmes mariées sans leur consentement, sa fréquence peut atteindre 70%7.

Causes psychologiques

L’origine psychologique en est la cause essentielle, en particulier de la forme primaire. Ceci traduit l’importance de la dimension émotionnelle de la sexualité et notamment sur la façon dont la pénétration est vécue et représentée.

Cette contraction réflexe relève alors d’un mécanisme de défense contre une intrusion corporelle pouvant être vécue comme une agression, voire envers une authentique agression sexuelle.

Très souvent, sa survenue est rapportée chez des femmes connaissant peu leur anatomie génitale vulvovaginale et n’ayant pas investi leur vagin comme une zone érotique et de plaisir.

Plusieurs types de causes psychologiques peuvent être identifiés8 9 10 :

  • Peur de la pénétration pouvant relever de plusieurs causes : éducative, peur d’une infection, absence de contraception, peur d’avoir mal, peur de la sexualité, inexpérience, etc.
  • Maladresse ou brutalité du partenaire.
  • Mésentente dans le couple.
  • Sentiment de culpabilité.
  • Phobie du pénis, dégoût de la sexualité.
  • Méconnaissance de son intimité féminine, défaut de représentation du vagin dans son schéma corporel.
  • Mal-être avec sa féminité.
  • Contexte de crainte ou de peur (agression, rapport sexuel non pleinement consenti, sentiment d’insécurité, peur d’être dérangée).
  • Traumatisme psychologique, antécédents de maltraitance dans l’enfance ou passé d’agression ou d’abus sexuel.

Dans les formes psychologiques pures, il n’existe aucune anomalie, ni maladie, ni lésion des organes génitaux.

Origines organiques

De multiples causes somatiques peuvent entraîner une contraction réflexe des muscles périvaginaux avec vaginisme complet ou dyspareunie (douleur génitale)11:

  • Sécheresse.
  • Atrophie vaginale (ménopause).
  • Infection vulvovaginale.
  • Maladie dermatologique inflammatoire de la vulve (lichen, eczéma, etc.).
  • Épisiotomie récente ou cicatricielle.
  • Hymen épais ou scléreux (fibrose) empêchant tout acte ou déchirure traumatique de l’hymen lors des premiers rapports sexuels.
  • Malformations génitales comme par exemple une bride ou une cloison vaginale.

Origines intriquées

Il peut y avoir association d’une origine organique et d’une conséquence psychologique comme, par exemple, une épisiotomie douloureuse après un accouchement ayant laissé place à une peur d’avoir mal.

Les conditions d’une « ouverture au plaisir »

Pour que la femme puisse accéder à un rapport sexuel satisfaisant, plusieurs conditions doivent être réunies12 :

  • Une excitation psychique ou fantasmatique (désir, consentement).
  • Une excitation corporelle physique (préliminaires, caresses érogènes et génitales).
  • Un lâcher-prise avec abandon de soi aux perceptions corporelles sensorielles.

Une maladie, un souvenir traumatique, une peur, peuvent venir s’opposer à l’éclosion de ces conditions.

La connaissance de son anatomie intime, l’apprentissage du plaisir via la masturbation favorisent l’intégration des perceptions génitales et des émotions érotiques conduisant au laisser-aller et au plaisir. Cet apprentissage de la « vaginalité » joue un rôle important dans l’attribution au vagin de sa fonction érotique et de plaisir.

Accouchement : une interrogation fréquente

Les femmes enceintes, qui présentent ce trouble, sont souvent anxieuses et craignent que leur vagin se contracte et se ferme lors de leur accouchement. Il importe de savoir :

  • Que le passage par le vagin d’un enfant n’est pas du tout vécu de la même façon que la pénétration sexuelle.
  • Que le passage dans le sens « de la sortie » se passe beaucoup mieux chez les femmes vaginiques que dans le sens opposé.
  • Qu’il importe de prévenir l’obstétricien et la sage-femme qui adopteront une attitude de bienveillance et d’empathie redoublées.
  • Et enfin que ce trouble a très peu d’influence sur l’accouchement et que celui-ci se déroule très bien de façon naturelle.

En revanche, accoucher n’a que peu d’influence et n’y met que rarement fin.

Outre un traitement naturel adapté en cas de vaginisme, une bonne hygiène de vie est également nécessaire.

L'importance de l'hygiène de vie

Une hygiène de vie correcte est un élément important du bien-être génital, qui doit se sentir en confiance avec sa région génitale sexuelle et en percevoir des sensations agréables.

L'hygiène intime

Grâce à son acidité et au mucus sécrété par les cellules vaginales et recouvrant ses parois, le vagin est « auto-nettoyant » et aucun geste d’hygiène « interne » n’est justifié. Une bonne hygiène intime est indispensable pour le maintien de l’intégrité fonctionnelle de la muqueuse13 :

  • La toilette doit se faire simplement au niveau de la vulve avec du savon de Marseille ou un gel spécifique sans antiseptique pour la toilette intime.
  • Éviter tout excès de fréquence de la toilette intime, qui perturbe fortement la flore vaginale physiologique. Une toilette quotidienne suffit.
  • Pas de douche vaginale qui déstructure totalement la flore protectrice naturelle.
  • S’essuyer toujours de l’avant vers l’arrière aux toilettes pour éviter de véhiculer des bactéries pathogènes de l’anus vers le vagin.

Une bonne option de choix de gel de toilette intime est un gel nettoyant surgras à pH physiologique neutre ou acide (pH 4,5).

L’usage de tampons menstruels a classiquement un effet préventif sur sa survenue, notamment parce que son insertion va de pair avec une meilleure connaissance de son anatomie génitale. Cependant, cela ne prédit pas systématiquement que ce trouble ne peut pas se déclarer. Il peut ne concerner de façon sélective que la pénétration lors des rapports sexuels.

L'alimentation

En plus d'un traitement naturel adapté, l'alimentation doit être également prise en compte en cas de vaginisme.

Une hydratation régulière suffisante est recommandée pour favoriser l’hydratation de la muqueuse : boire environ 1,5 litre d’eau par jour, répartie au cours de la journée. Certains aliments peuvent avoir une action favorable sur l’équilibre de la flore, notamment par leur action probiotique :

  • Yaourts natures, riches en levures et bactéries (Lactobacillus acidophilus) bénéfiques à la flore.
  • Kimchi (chou fermenté coréen).
  • Choucroute.
  • Kéfir (boisson fermentée).

L’avocat et les fruits à coque comme les noix, les amandes ou les noisettes sont riches en huiles végétales et en vitamine E et, consommés régulièrement, favorisent une trophicité correcte.

Activité physique

Une activité physique régulière fait partie d'une bonne l’hygiène de vie, en favorisant la circulation sanguine et donc la bonne vascularisation et hydratation de l’appareil génital et des muqueuses vulvo-vaginales.

L’activité physique favorise également la libido et favorise l’activité sexuelle, qui à son tour est un facteur d’entretien fonctionnel de la bonne trophicité du vagin.

Respect de son sommeil

Dans le cadre du vaginisme, en parallèle d'un traitement naturel adapté, le respect de la durée du sommeil est également essentiel.

Le respect de ses besoins et rythme de sommeil favorise un état de détente globale, psychologique et musculaire. La fatigue constitue une condition toujours défavorable à une sexualité satisfaisante.

La prise en charge médicale

Examen gynécologique

La nécessité d’identifier et de traiter une possible cause organique justifie une consultation gynécologique devant toute douleur lors de la pénétration et toute réaction réflexe musculaire.

Les patientes, souffrant de vaginisme, ont souvent une peur intense de l’examen gynécologique. Elles ont souvent d’importantes réactions émotionnelles lors de cette consultation. Il importe donc que le praticien choisi soit bienveillant, patient et empathique.

L’examen gynécologique est souvent très difficile, voire impossible. La consultation permet de préciser si ce trouble est présent lors de l’examen gynécologique ou s’il ne survient que lors des rapports sexuels. Cela permet également d'évaluer si ce trouble est complet (examen gynécologique impossible, voire même parfois impossibilité de contact externe avec la vulve) ou incomplet (examen gynécologique possible et évaluation de son degré de facilité).

Des traitements médicaux spécifiques sont proposés en présence d’une cause organique identifiée.

Usage de gels intimes ou de lubrifiants

L’utilisation d’un gel ou lubrifiant intime vise à faciliter la pénétration14. L’utilisation de gel intime doit obéir à certaines recommandations pour apporter le plus de confort en toute sécurité.

  • L’application initiale d’un gel lubrifiant est externe, vulvaire, avec dépôt d’une « noisette » à l’entrée du vagin. Il peut être appliqué sur l’ensemble de la vulve ainsi que sur le sexe du partenaire et son application intégrée aux préliminaires.
  • Les lubrifiants à base d’acide hyaluronique sont recommandés en priorité car ils hydratent la muqueuse vulvo-vaginale et ont des propriétés cicatrisantes en plus de leur action lubrifiante. Ils doivent toutefois être appliqués 1 à 2 heures avant le rapport sexuel (effet retard) ce qui nécessite un timing précis pas toujours évident à suivre.
  • Les gels intimes hydratants à l’eau sont d’une excellente efficacité pour faciliter la pénétration mais s’évaporent rapidement et nécessitent donc plusieurs applications. Le plus simple est à base d’eau et de glycérine.
  • Les gels à l’eau et au polyacrylamide agissent plus longtemps en déposant un film humectant sur la muqueuse.
  • Les gels au silicone apportent une excellente lubrification mais sont plus glissants.

Il est recommandé d’éviter les lubrifiants à base de vaseline, car ils peuvent être irritants pour les muqueuses. De plus, elle ne doit pas être utilisée lorsque les rapports ont lieu avec préservatif (perte de leur étanchéité).

Des gels plus « sexy » sont proposés avec des sensations de chaud ou autres diverses sensations, il convient de se méfier des risques d’intolérance aux composés ajoutés.

Traitement naturel du vaginisme

Ces remèdes constituent des compléments souvent utiles, en association avec la prise en charge sexothérapique et psychocorporelle de ce trouble.

Les gels lubrifiants naturels

Certains produits naturels peuvent constituer des lubrifiants particulièrement efficaces :

  • Gel à l’Aloé vera non seulement hydratant mais aussi apaisant pour les muqueuses, appliqué sur les parties génitales une fois par jour pendant 2 semaines en dehors des règles puis répété si besoin.
  • Capsules ou ovules vaginaux à base de calendula, d’huile d’onagre ou d’Aloé vera, insérés régulièrement 2 à 3 fois par semaine.
  • Crème au calendula.

Les huiles d’amande douce ou d’olive peuvent également être utilisées mais toujours en dehors de l’usage de préservatifs qu’elles dégradent. On choisira toujours plutôt un produit bio sans excipent, afin de limiter les risques de survenue d’une intolérance.

Homéopathie

L'homéopathie est également un traitement naturel intéressant en cas de vaginisme.

Les deux principaux remèdes homéopathiques usuellement indiqués sont Cactus grandiflorus et Platina15.

  • Cactus grandiflorus, ou fleur de cactus, dite aussi « Queen of the night », en raison de sa durée de vie éphémère d’une nuit. Elle a une action principale sur la contraction des muscles lisses ou circulaires des muscles du cœur, de la vessie, intestinaux, utérin et du vagin. On administre usuellement 15 CH, 5 granules avant chaque rapport.
  • Platinum metallicum, ou Platina, a également une action sur la contraction de l’utérus mais aussi sur la sensibilité érogène du vagin qu’il exacerbe. Il s’administre à raison de 5 CH ou 7 CH trois granules une à trois fois par jour ou 15 CH une fois par jour.

Ces deux remèdes homéopathiques peuvent être pris en même temps que la prise en charge sexothérapique, qui demeure la solution de première intension.

Compléments alimentaires

En cas de vaginisme, l'usage de certains compléments alimentaires, autre traitement naturel, peut être également indiqué.

Certains compléments alimentaires, riches en oméga-3 et en oméga-6, favorisent l’hydratation et la trophicité de la muqueuse :

  • Huile de bourrache.
  • Huile d’onagre.
  • Huiles de poisson.
  • Huile de germes de blé.

Ces huiles s’administrent à raison de 2 à 4 gélules par jour en cures de 3 mois. On les trouve commercialisés sous les noms de Ménophytea Hydratation Intime, Luboral, Donalis, etc., par exemple.

Phytothérapie

Peu de plantes ont montré une efficacité dans le traitement naturel du vaginisme, lequel ne s’accompagne en général pas de trouble du désir sexuel ou de l’excitation. L’élixir floral de lis martagon peut constituer un apport bénéfique, en raison de son action thérapeutique chez les personnes souffrant de peurs dans le domaine de la sexualité.

La valériane, l’aubépine, la mélisse, la passiflore peuvent être bénéfiques en cours de sexothérapie pour favoriser la relaxation et réduire les niveaux de stress.

Les fleurs de Bach

Certaines fleurs de Bach peuvent aider indirectement au traitement naturel de certains troubles associés au vaginisme :

  • Mélèze pour le manque de confiance en soi.
  • Mimulus pour la peur des rapports sexuels ou de l’échec.
  • Pin pour lutter contre le sentiment de culpabilité.
  • Pomme sauvage pour favoriser un vécu ludique de la sexualité.
  • Cerise prune pour lâcher-prise.
  • Etoile de Bethléem pour réduire l’impact d’un traumatisme ancien.

Elles s’administrent par voie orale directement dans la bouche ou dans un verre d’eau à boire au long de la journée.

Usage externe : les huiles essentielles

L'aromathérapie peut être également un traitement naturel efficace pour les femmes souffrant de vaginisme.

Les huiles essentielles ayant des propriétés relaxantes peuvent constituer un complément utile à la prise en charge sexologique en particulier les huiles essentielles de lavande, de mélisse, de camomille, d’orange amère.

La trophicité du vagin peut être améliorée par les huiles essentielles de camomille allemande, de lavande, de sauge sclarée ou de millepertuis. Elles peuvent s’administrer par voie orale à raison d’une goutte dans une tasse de thé par exemple, sans dépasser 3 semaines de traitement. Elles peuvent être aussi utilisées pour masser le bas ventre ou le bas du dos (2 gouttes diluées dans de l’huile végétale).

Les huiles essentielles ne doivent pas être appliquées sur les muqueuses même diluées sauf à des dilutions bien définies et sur prescription d’un spécialiste, sous peine de brûlures.

Prise en charge sexologique

Outre un traitement naturel adapté, la prise en charge du vaginisme est à la fois médicale, psychologique et sexologique16. Elle associe information, éducation et thérapie17.

Une anamnèse préalable aussi précise que possible

Un entretien souvent relativement long est toujours le premier temps de la prise en charge sexologique afin18 :

  • De préciser le contexte de survenue du dysfonctionnement sexuel : éducation, traumatisme ou agression éventuels, antécédents médicaux et obstétricaux, etc.
  • D’analyser ses modalités symptomatiques : survenue systématique ou épisodique, ancienneté du trouble, intensité de la contraction musculaire, de la douleur, etc.
  • De définir les étapes progressives de la prise en charge sexothérapique.

Cet entretien permet d’évaluer le niveau de connaissances de la femme, ses capacités, ses blocages ou ses inhibitions pour s’exprimer sur la sexualité et sur ses difficultés, et sur ses préférences et choix d’abord thérapeutique. Il permet ensuite de définir avec elle les objectifs de la prise en charge.

Cette anamnèse permettra de définir les niveaux sur lesquels la prise en charge va être axée :

  • Épisode traumatisant ancien (abus ou agression sexuelle par exemple).
  • Blocage psychologique causal (éducation, culpabilité, peurs, phobie, etc.).
  • Mésentente avec le partenaire, conflit.
  • Crainte d’une grossesse, de contracter une infection, etc.
  • Blocage lié à une inadéquation de genre (ne pas se sentir femme).

Informer la femme

Une information sur l’anatomie génitale féminine et le plaisir, expliquer le mécanisme musculaire du processus douloureux, répondre aux questions, constituent des préalables indispensables à la prise en charge avec plusieurs objectifs :

  • Apporter des informations souvent manquantes ou insuffisantes.
  • Favoriser l’investissement érotique du vagin par la femme, lui permettre de prendre connaissance et d’avoir conscience de son appareil génital.
  • Pouvoir expliquer les principes thérapeutiques qu’on va mettre en place, en se basant sur des éléments pathogéniques à partir desquels on pourra fixer des objectifs précis et progressifs avec la patiente.

En plus d'un traitement naturel du vaginisme, une rééducation à la sexualité est souvent nécessaire.

Une véritable rééducation sexuelle

Le traitement sexologique de ce trouble est une véritable rééducation à la fois musculaire périnéale, à son corps et au plaisir.

Ce travail de rééducation se fait dans plusieurs directions :

  • Travail sur les perceptions sensorielles corporelles, visant à favoriser les sensations agréables et de plaisir et à amender les perceptions et craintes douloureuses.
  • Travail musculaire périnéal (rééducation périnéale), visant à la prise de conscience par la femme de sa région génitale et de sa capacité à maîtriser les contractions et décontractions musculaires.
  • Travail sur les émotions et sur les représentations mentales et plus particulièrement à la peur de l'acte lui-même.

On travaille ainsi sur le corps physique (muscles périnéaux), sur le corps sensoriel et sur la verbalisation (parole) des émotions et des visions de la sexualité19.

Le traitement sexothérapique proprement dit se fait en plusieurs étapes de façon progressive20 :

  • Visualisation (miroir) et auto-exploration digitale de son sexe par la patiente.
  • Pénétration avec un doigt, puis deux doigts par la femme.
  • Éventuellement étape d'insertion de bougies vaginales (bougies de Hégar) ou dilatateurs de tailles croissantes.
  • Pénétration digitale par le partenaire, puis par le pénis du partenaire.

Ces exercices sont expliqués en consultation et réalisées par la femme chez elle.

Au début de ce travail, les rapports avec pénétration sont interdits, afin de supprimer toute focalisation sur la difficulté et l’anxiété associée, qui nuirait au lâcher-prise et à la concentration sur les perceptions positives.

Ce travail peut être fait à partir de différents outils thérapeutiques comme :

  • La relaxation avec travail sur la respiration et association d’exercices musculaires périnéaux.
  • L’hypnothérapie visant à supprimer les peurs et les émotions négatives liées à l'acte.
  • Des massages.
  • D’autres abords comme la thérapie cognitivo-comportementale ou la psychothérapie.

Ce travail de sexothérapie proprement dite peut être accompagné d’un abord psychothérapique lorsque l’importance d’une origine psychologique, avec des problématiques plus profondes, le justifie21.

Quels critères de guérison ?

Les informations apportées, la meilleure connaissance de son anatomie génitale par la femme, les nouvelles perceptions qu’elle ressent parallèlement à l’amendement des contractions douloureuses, permettent une amélioration progressive.

Le désir remplace peu à peu l’appréhension, la douleur disparaît progressivement après parfois un passage par une simple gêne, la confiance de la femme revient et l’anxiété disparait.

Une femme vaginique est considérée comme guérie lorsque les rapports avec pénétration sont possibles et que la femme considère les rapports comme satisfaisants, en termes de facilité et de plaisir ressenti.

Ces deux critères sont importants à obtenir car non seulement le symptôme musculo-vaginal doit avoir disparu et la femme doit aussi ressentir du plaisir lors de la pénétration. Elle doit avoir ainsi réinvesti son vagin en tant qu’organe à la fois sexuel et érotique. La seule disparition de la douleur est une amélioration notable mais n’est pas synonyme de plaisir.

Les préliminaires

Dans le cadre du traitement naturel du vaginisme, et lors des rapports intimes, la place des préliminaires est essentielle pour initier la montée du désir et de l’excitation. Ils permettent de laisser le plaisir envahir la femme, sans focaliser les pensées sur l'acte lui-même.

Une autre fonction des préliminaires est de préparer l’appareil génital féminin au rapport, en stimulant la production de sécrétion qui va lubrifier les parois.

Le partenaire

Pour ce trouble précis, la relation de couple est en général sans conflit et la vie de couple est heureuse, la sexualité se fait le plus souvent sans pénétration mais est satisfaisante22.

Néanmoins, la prise en charge sexologique ne doit pas faire abstraction du couple ou du partenaire. Il convient de mettre à plat un éventuel conflit de couple et également de le préparer à une nouvelle sexualité. L’existence du vaginisme ayant souvent éloigné le couple des rapports avec pénétration.

Il peut également avoir masqué une dysfonction sexuelle existant chez le partenaire, que la possibilité de pénétration peut alors révéler. Le partenaire peut également avoir lui-même acquis une anxiété, avec la peur de faire mal à sa compagne, qu’il conviendra de traiter.

La participation du partenaire, au traitement naturel du vaginisme de la femme, permet également de l’y associer et d’équilibrer la relation thérapeutique avec le sexologue.

Thérapie cognitivo-comportementale (TCC)

Les thérapies cognitivo-comportementales sont axées sur l’équation " problème – solution "23. On parle aussi de sexothérapie comportementale. Ses objectifs sont la compréhension par le sujet des mécanismes de ses difficultés et à l’apprentissage de l’autocontrôle de son trouble.

Elle s’intéresse peu au passé mais au trouble et à ses manifestations au présent. Elle nécessite des exercices réalisés par le patient entre les séances.

La thérapie se déroule en plusieurs étapes :

  • Analyse fonctionnelle du trouble dans ses dimensions comportementale, cognitive, émotionnelle et environnementale.
  • Analyse des schémas comportementaux favorisant la survenue du trouble : vulnérabilités du su sujet, facteurs déclenchant l’apparition du trouble.
  • Analyse des demandes du sujet et du couple, de la structure du couple et de la place du trouble dans leurs relations et du fonctionnement imaginaire et érotique.
  • Définition des objectifs thérapeutiques attendus.
  • En général une dizaine de séances de thérapie centrées sur des objectifs spécifiques.

Les séances de TCC sont structurées autour de trois dimensions :

  • Aspect émotionnel (peur, anxiété…) et sensoriel.
  • Aspect cognitif (pensées parasites, croyance erronées, fantasmes).
  • Aspect comportemental et conjugal (communication, caresses, échanges…).

Pratiques complémentaires corps-esprit

Dans le traitement naturel du vaginisme, les pratiques psychocorporelles sont particulièrement indiquées. Elles peuvent être associées à la sexothérapie, dont elles constituent des compléments, voire pour certaines (relaxation, hypnothérapie), des éléments essentiels à part entière.

Massages

Les massages peuvent apporter plusieurs bénéfices :

  • Apprentissage de la détente et du lâcher-prise corporel avec focalisation sur les sensations agréables.
  • Globalisation de la perception de détente et du bien-être, au sein de l’ensemble du corps incluant la région génitale.

Ils ouvrent la voie au désir et à la sensualité, en permettent d’amplifier l’écoute de son corps et l’accueil des perceptions agréables, qui constituent un des éléments importants de l’épanouissement érotique24.

Ils peuvent toutefois faire surgir des souvenirs ou des émotions refoulés et ne peuvent suffire à eux seuls dans un cadre thérapeutique. On peut distinguer plusieurs formes et techniques de massage25 :

  • Énergétique visant à stimuler l’énergie sexuelle.
  • Érotique, particulièrement propice à l’éveil de la sensualité et des fantasmes.
  • Californien visant à masser le corps des pieds à la tête en suivant ses différentes zones et structures, recentrant toute l’attention sur le corps sensuel dans sa globalité. Ce massage entraîne une détente profonde et est particulièrement bénéfique en cas de stress, d’anxiété ou d’inhibition.
  • Relationnel en couple, où chacun est à tour à tour masseur ou massé, les réactions du sujet massé devant guider le massage réalisé par le ou la partenaire. Les gestes associent caresses et massage. Ce massage est particulièrement propice à l’élaboration d’une nouvelle communication érotisée, sensuelle et amoureuse dans le couple, basé sur l’altérité.
  • L’automassage vise à développer la capacité à se procurer à soi-même des sensations corporelles agréables, à se découvrir et à faire tomber ses propres tensions. Il peut être érotisé vers les zones érogènes et génitales.

Yoga, Tai Chi

La pratique du Yoga ou du Tai Chi constituent des pratiques de gestion des émotions et de prise de conscience corporelle.

Certains programmes de yoga spécifiques à la vie génitale ont été développés.

Relaxation

La relaxation peut être également un traitement naturel du vaginisme.

Les difficultés, liées à la sexualité, associent de façon souvent complexe des dimensions intimes, relationnelles, d’estime de soi et de plaisir et génèrent une anxiété notable, laquelle vient à son tour retentir sur le désir, sur le lâcher-prise indispensable à l’épanouissement et sur la perception du plaisir26.

La relaxation, en permettant la disparition du cercle vicieux anxiogène, constitue une aide précieuse pour la prise en charge du stress, liée à la peur de la pénétration et à l’anxiété d’anticipation de l’échec.

Elle s’associe à des exercices périnéaux permettant une mobilisation musculaire du plancher pelvien favorable à une bonne circulation sanguine dans la région génitale. Elle favorise ainsi une bonne trophicité du vagin, et à la prise de conscience de la possibilité de maîtriser ses contractions musculaires périnéales et leur décontraction27.

Le travail sur la respiration, pratiqué en relaxation, permet d’apprendre à chasser de son esprit les idées anxieuses parasites, pouvant survenir lors du rapport. Ce qui permet de réaliser un travail d’ouverture à la perception des sensations corporelles, en s’inscrivant dans le présent.

Y sont fréquemment associés des exercices de visualisation (imaginaire) des parties génitales, d’ouverture du vagin, que l’on rattache à des sensations agréables.

Elle constitue un abord thérapeutique de premier plan pour la prise en charge et le traitement naturel des troubles émotionnels et du stress dans le vaginisme.

Hypnose

L’hypnothérapie, en induisant un état de conscience modifié et une détente profonde, ouvre une voie de communication entre corps et esprit avec une grande réceptivité aux suggestions thérapeutiques28.

Elle permet29 :

  • D’apaiser l’angoisse liée à la peur ou à la phobie de la pénétration.
  • La suppression des pensées négatives d’anticipation d’un échec du rapport sexuel.
  • Une « reprogrammation positive » du comportement du sujet en modifiant les associations émotionnelles liées aux comportements et favorise la communication avec l’inconscient.

Cette « reprogrammation » peut consister à modifier une séquence comportementale réflexe, corriger des croyances erronées, débloquer des émotions positives, activer des circuits du désir et du plaisir.

Dans le cadre du traitement naturel du vaginisme, on aura recours à des images d’ouvertures, de bateaux passant une écluse, etc., ou associer le desserrement d’un poing ou des mouvements respiratoires à la détente des muscles du périnée et à l’ouverture détendue du vagin.

L’hypnose constitue un abord efficace des troubles sexuels. Un couplage relaxation et hypnothérapie, avec un travail centré sur la peur de la pénétration et sur la région périnéale et pelvienne, apparait comme une prise en charge particulièrement opérante.

Méditation de pleine conscience

La méditation de pleine conscience représente un traitement naturel souvent très bénéfique à la prise en charge sexologique du vaginisme.

Sa pratique régulière favorise la présence dans le moment présent, sans pensée parasite, et permet d’être pleinement conscient de ses perceptions corporelles et des sensations d’excitation. Elle permet notamment de se détacher des sensations douloureuses et de la crainte de leur survenue.

Elle est également efficace pour évacuer le stress et traiter l’anxiété, qui sont de fréquentes conséquences négatives des difficultés sexuelles30.

Rééducation périnéale

Elle suit le principe des exercices de Kegel, qui visent à renforcer la musculature périnéale31. Une prise de conscience de la région génitale y est associée, ainsi que la maîtrise de ses contractions et décontractions musculaires.

Que conclure ?

  • Ce trouble se définit comme une contracture invincible et involontaire souvent douloureuse des muscles périvaginaux, empêchant toute pénétration.
  • Il est fréquemment associé à des difficultés psychologiques de type anxiété ou phobie de la pénétration.
  • Sa prise en charge est à la fois médicale, psychologique et sexologique.
  • Les taux de guérison, en sexothérapie, sont élevés.
  • Le traitement naturel du vaginisme apporte un accompagnement thérapeutique, en agissant principalement sur la réduction du stress et de l’anxiété, et sur le bien-être intime de la femme.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le vaginisme ?

Il s'agit d'un trouble sexuel féminin qui se caractérise par la fermeture de l'entrée du vagin, lors de la pénétration.

Quel traitement naturel envisager ?

1. Gels lubrifiants naturels
2. Phytothérapie, aromathérapie, homéopathie
3. Prise de compléments alimentaires
4. Usage des fleurs de Bach

Quelles sont les autres recommandations ?

1. Prise en charge sexologique
2. Thérapie cognitivo-comportementale
3. Hypnose et médiation de pleine conscience
4. Massages, yoga et relaxation
5. Rééducation périnéale


  • 1Cabanis C. Analyse clinique des dysfonctions sexuelles féminines. In Lopès P, Poudat FX. Manuel de sexologie, Elsevier Ed., Paris, 2014
  • 2Vulvae, Mia. Le petit guide illustré des pathologies vulvaires.
  • 3Schwendke-Kliem A, BitzerJ; Le vaginisme. Rev. Med. Suisse, 2000; 4
  • 4Colson MH. Vaginisme. In Courtois F, Bonierbale M. Médecine sexuelle, Lavoisier Ed., Paris, 2016
  • 5Mimoun S. Prise en charge des dyspareunies et vaginismes. In Lopès P, Poudat FX. Manuel de sexologie, Elsevier Ed., Paris, 2014
  • 6Mignot J et coll. Psycho-sexologie. Dunod Ed., Malakoff, 2013
  • 7Colson MH. Vaginisme. In Courtois F, Bonierbale M. Médecine sexuelle, Lavoisier Ed., Paris, 2016
  • 8Cabanis C. Analyse clinique des dysfonctions sexuelles féminines. In Lopès P, Poudat FX. Manuel de sexologie, Elsevier Ed., Paris, 2014
  • 9Mimoun S. Prise en charge des dyspareunies et vaginismes. In Lopès P, Poudat FX. Manuel de sexologie, Elsevier Ed., Paris, 2014
  • 10Corps accord. Guide de sexualité positive. Éditions du remue-ménage, 2019
  • 11Cabanis C. Analyse clinique des dysfonctions sexuelles féminines. In Lopès P, Poudat FX. Manuel de sexologie, Elsevier Ed., Paris, 2014
  • 12Cabanis C. Analyse clinique des dysfonctions sexuelles féminines. In Lopès P, Poudat FX. Manuel de sexologie, Elsevier Ed., Paris, 2014
  • 13Lopes P. Syndrome génito-urinaire de la ménopause. Rev. Prat. MG, 2020 ; 34 : 828-830
  • 14Lansac J, Lopès P et coll. Questions sexo. Eyrolles Ed., Paris, 2017
  • 15Tourneur-Bagot O, Bagot JL. Le vaginisme: regards croisés de la gynécologue et de l’homéopathe. Rev. Homéopathie, 2015 ; 6 : 85-89
  • 16Mimoun S. Prise en charge des dyspareunies et vaginismes. In Lopès P, Poudat FX. Manuel de sexologie, Elsevier Ed., Paris, 2014
  • 17Lansac J, Lopès P et coll. Questions sexo. Eyrolles Ed., Paris, 2017
  • 18Colson MH. Vaginisme. In Courtois F, Bonierbale M. Médecine sexuelle, Lavoisier Ed., Paris, 2016
  • 19Potentier M. Thérapie sexocorporelle. In Lopès P, Poudat FX. Manuel de sexologie, Elsevier Ed., Paris, 2014
  • 20Colson MH. Vaginisme. In Courtois F, Bonierbale M. Médecine sexuelle, Lavoisier Ed., Paris, 2016
  • 21Mimoun S. Prise en charge des dyspareunies et vaginismes. In Lopès P, Poudat FX. Manuel de sexologie, Elsevier Ed., Paris, 2014
  • 22Colson MH. Vaginisme. In Courtois F, Bonierbale M. Médecine sexuelle, Lavoisier Ed., Paris, 2016
  • 23Poudat FX. Thérapies cognitivo-comportementales. In Lopès P, Poudat FX. Manuel de sexologie, Elsevier Ed., Paris, 2014
  • 24Potentier M. Thérapie sexocorporelle. In Lopès P, Poudat FX. Manuel de sexologie, Elsevier Ed., Paris, 2014
  • 25Potentier M. Thérapie sexocorporelle. In Lopès P, Poudat FX. Manuel de sexologie, Elsevier Ed., Paris, 2014
  • 26Baste N. Méthodes de relaxation. Dunod Ed., Malakoff, 2016
  • 27Lansac J, Lopès P et coll. Questions sexo. Eyrolles Ed., Paris, 2017
  • 28Martino J ; Hypnose et sexothérapie. In Lopès P, Poudat FX. Manuel de sexologie, Elsevier Ed., Paris, 2014
  • 29Simon V, Mimoun S. Comment résoudre ses problèmes sexuels grâce à l’hypnose. L’esprit du temps Ed., Paris, 2009
  • 30Stephenson KR. Mindfulness-based therapies for sexual dysfunction. Mindfulness, DOI 10.1007/s12671-016-0652-3
  • 31Lansac J, Lopès P et coll. Questions sexo. Eyrolles Ed., Paris, 2017
Philippe Schwartz

Sexologue, hypnothérapeute et relaxologue. Docteur en médecine. Consulte à Reims