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L’anxiété de séparation : signes, causes et prise en charge

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Selon la recherche, le trouble de l’anxiété de séparation (TAS) correspond à la psychopathologie la plus couramment décelée durant l’enfance. Les enfants atteints par ce trouble anxieux ressentent une forte appréhension à l’idée de quitter leurs parents. De plus amples informations sur cette forme de trouble anxieux, ses manifestations, son étiologie, les risques liés et les traitements existants.

Caractéristiques

Définition

Enfant anxieux souffrant d'anxiété de séparation.

L’anxiété de séparation s’apparente à une grande inquiétude qui survient lorsqu’un enfant doit quitter provisoirement ses figures d’attachement (dans la plupart des cas, ses parents).

Il est tout à fait normal, pour un jeune enfant, de présenter ce type d’appréhension. À cet égard, la recherche indique que cette forme atteint habituellement son paroxysme entre 9 et 13 mois. À ce stade de son développement, le bébé comprend qu’il incarne un être distinct des membres de sa famille. Il parvient également à identifier les personnes qu’il connait, et a tendance à se méfier des inconnus. Plus tard, l’entrée à l’école peut aussi être une période sensible.

Passé l’âge de 5 ans, le diagnostic de trouble de l’anxiété de séparation (TAS) peut être posé si l’enfant présente de forts symptômes, qui interfèrent dans sa vie quotidienne depuis plus de 4 semaines. Plus rarement, il arrive que les médecins constatent un TAS avant l’âge de 5 ans1‌.

Il est à noter que le diagnostic figure dans les ouvrages DSM-5 (le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) et CIM-10 (la classification internationale des maladies, 10ème version).

Bon à savoir

Il est admis depuis peu que le TAS peut également concerner les adultes, sans que ces derniers y aient forcément été sujets lors de leur enfance. Les chercheurs indiquent qu’il est nécessaire de mener de nouvelles études, afin d’en apprendre davantage sur le TAS de l’adulte1.

Comment se manifeste-t-elle ?

Les enfants atteints par l’anxiété de séparation présentent un mal-être lorsqu’ils anticipent la situation et/ou lorsqu’ils la vivent. Certains contextes sont susceptibles de provoquer cette inquiétude notamment l’arrivée à la crèche ou à l’école, le coucher de l’enfant la veille d’un jour d’école ou le fait de le confier à un proche ou à un(e) baby-sitter.

L’enfant présente, d’une part, une forte contrariété émotionnelle. Il est souvent obnubilé par l’idée qu’un malheur risque de se produire et le sépare de ses parents à tout jamais. Ainsi, on observe fréquemment des pleurs, des accès de colère, un refus de lâcher ses parents. Une fois ces derniers partis, les enfants peuvent se lancer à leur recherche et les appeler sans relâche.

On retrouve d’autre part des signes physiques : un sommeil perturbé, des céphalées, des contractures musculaires, une douleur abdominale s’accompagnant ou non de nausées et de vomissements, une sensation d’oppression thoracique, des palpitations, des vertiges ou encore un malaise2.

Comment peut-on expliquer la survenue de ce trouble ?

D’une manière générale, la recherche considère que la transmission génétique des troubles anxieux est possible. Un enfant ayant un parent anxieux aurait 5 fois plus de risques de développer un tel trouble.

Un événement spécifique de la vie de l’enfant peut être à l’origine de la survenue du trouble d'anxiété de séparation. Il peut notamment s’agir de conflits entre les parents, allant jusqu’à la séparation ou non, d’un climat familial peu chaleureux ou au contraire, surprotecteur, de la naissance d’un petit frère ou d’une petite sœur, d’une pathologie sévère touchant l’un des parents, de difficultés financières importantes, d’un contexte de violence, etc3.

Quels sont les risques liés à sa survenue ?

L'anxiété de séparation interfère avec le bon développement et l’épanouissement de l’enfant.

Selon la recherche, les enfants qui en sont atteints pourraient développer une pathologie psychique additionnelle telle qu’une dépression, un trouble bipolaire, un trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH), ainsi que d’autres formes de troubles anxieux.

Du fait du mal-être psychique et physique, les enfants ont tendance à manquer régulièrement l’école. Certains en viennent à refuser de s’y rendre. Il serait d’ailleurs la première cause de refus scolaire chez les jeunes enfants. Il peut être lié à l'anxiété scolaire. Outre les éventuelles difficultés scolaires, les enfants se privent de contacts avec leurs pairs. Ils peuvent également éprouver des difficultés à se rendre à une activité extrascolaire4.

Comment la soulager ?

Apaiser un bébé

L'anxiété de séparation fait partie intégrante du développement du jeune enfant. Dans la plupart des cas, elle cesse lorsque ce dernier assimile le principe de permanence de l’objet, autrement dit, lorsqu’il comprend que ses parents reviendront.

Quelques astuces permettent d’aider l’enfant à faire face à cette étape.

Tout d’abord, il est important que l’adulte montre de la confiance à l’égard de la personne qui garde son enfant. En effet, le bébé est capable de ressentir si sa figure d’attachement éprouve une réticence.

Lors de la séparation, il est conseillé d’échanger avec le jeune enfant, même s’il ne semble pas être attentif (pleurs, manifestations colériques…). On peut, par exemple, lui préciser que l’on revient à tel moment de la journée. Il est également possible de lui confier un objet transitionnel.

Enfin, effectuer à la maison des jeux de type cache-cache est une bonne initiative. Le jeune enfant éprouve ainsi de courtes phases de séparation puis retrouve très vite ses parents. Ceci représente pour lui une expérience rassurante à laquelle se rattacher lors des temps de séparation.

En règle générale, le mal-être du bébé cesse peu après le départ des parents. Plus rarement, il est possible que l'enfant présente une détresse notoire jusqu’au retour de ces derniers. Dans ce cas, il ne faut pas hésiter à solliciter l’avis d’un médecin ou d’un pédiatre5.

Traiter un TAS chez l’enfant

Lorsque l’enfant présente des manifestations anxieuses sévères, depuis plus d’un mois, une consultation médicale devient nécessaire. Celle-ci permettra d’écarter, dans un premier temps, une pathologie d’ordre somatique. Le médecin ou le pédiatre pourra ensuite, dans un second temps, déceler un trouble anxieux et orienter l’enfant et sa famille vers un pédopsychiatre.

Il faut souligner que les troubles anxieux de l’enfant requièrent une prise en charge globale, comprenant un accompagnement des parents.

Un traitement médicamenteux uniquement pour les formes les plus sévères

Les pédopsychiatres tentent de limiter au maximum le recours aux médicaments. Toutefois, ces derniers pourront être prescrits face à un enfant qui présente des symptômes très intenses d'anxiété de séparation. Les médicaments les plus couramment utilisés sont les antidépresseurs, les benzodiazépines, la buspirone ou encore la mélatonine.

Le recours à la psychothérapie

Il est à noter que la stratégie thérapeutique ne saurait se restreindre uniquement à une prescription médicamenteuse. En effet, les pédopsychiatres proposent souvent de mettre en place une psychothérapie, de type différent selon les besoins de l’enfant et de sa famille. Il peut donc s’agir d’une thérapie familiale ou individuelle, cognitivo-comportementale ou analytique6.

À la maison, veiller au quotidien de l’enfant

Pour maintenir une santé optimale, le régime alimentaire de l'enfant doit être varié et équilibré. Il est également conseillé d’éviter la consommation de boissons qui contiennent de la caféine. Selon une étude menée auprès d’adolescents, la caféine pourrait exacerber l’angoisse de séparation7.

Dans le cadre du trouble de l'anxiété de séparation, il est possible que l’enfant refuse de se séparer de ses parents pour s’adonner à une activité ou à un sport. Toutefois, il est important de l’encourager à faire de l’exercice. En plus de concourir au bon développement de l’enfant, la pratique d’une activité physique ou sportive lutte efficacement contre les symptômes de la dépression8.

Certains enfants subissent aussi un endormissement difficile et/ou un sommeil perturbé. Pourtant, ce trouble engendre une fatigue importante. Les parents doivent donc veiller à proposer un environnement propice à un sommeil récupérateur. Citons par exemple le fait de supprimer les écrans le soir, l’instauration de rituels, l’aménagement d’une chambre où règne majoritairement l’obscurité (ponctuée d’une veilleuse rassurante si besoin)9...

Communiquer avec l’ensemble des acteurs interagissant avec l’enfant

Ainsi, les actions à entreprendre dépassent le cadre du soin et de la maison.

Comme nous l’avons évoqué, il n’est malheureusement pas rare de constater un absentéisme scolaire ainsi qu’un isolement de l’enfant anxieux10. Dans ce contexte, un échange avec l’équipe éducative de l’école est bénéfique. Bien souvent, cette démarche aboutit à la mise en place d’actions concrètes, utiles au mieux-être de l’enfant.


  • 1Figueroa A., Soutullo C., Ono Y. & Saito K. (2012) Separation anxiety. In Rey JM (ed), IACAPAP e-Textbook of Child and Adolescent Mental Health.
  • 2Bögels SM., Knappe S. & Clark LA. (2013) Adult separation anxiety disorder in DSM-5. Clinical psychology review.
  • 3Figueroa A., Soutullo C., Ono Y. & Saito K. (2012) Separation anxiety. In Rey JM (ed), IACAPAP e-Textbook of Child and Adolescent Mental Health.
  • 4Ibid.
  • 5Ibid.
  • 6Wendland J., Camon-Sénéchal L., Khun-Franck L., Maronne C., Rabain D. & Aidane É. (2011) Troubles de l'angoisse de séparation et de l'attachement : un groupe thérapeutique parents-jeunes enfants. Devenir.
  • 7Service de pédopsychiatrie du CHU d’Angers. Troubles anxieux et troubles de l’adaptation chez l’enfant et l’adolescent.🔗 http://www.pedopsychiatrie-angers.fr/cours-fichiers/Troubles%20anxieux%20et%20de%20l%20adaptation.pdf
  • 8Richards G. & Smith A. (2015) Caffeine consumption and self-assessed stress, anxiety, and depression in secondary school children. Journal of psychopharmacology.
  • 9McMahon EM. & al. (2017) Physical activity in European adolescents and associations with anxiety, depression and well-being. European child & adolescent psychiatry.
  • 10Site du Réseau Morphée, le sommeil de 0 à 18 ans.🔗 http://sommeilenfant.reseau-morphee.fr/
  • 11Jurbergs N. & Ledley DR. (2005) Separation anxiety disorder. Pediatric Annals.
Mélanie Manzanares

Rédactrice spécialisée dans le domaine de la santé, ayant obtenu le diplôme d'état infirmier en 2013.